UNE HISTOIRE DE LA MARTINIQUE

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Auteur : Elisabeth Mouilleau, professeur-relais au MNHN pour l’académie de Paris

Relecture : Natacha Ouvrié, professeur-relais au MNHN pour l’académie de Créteil

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La Martinique est une île de l’arc antillais tombée très tôt, comme certaines de ses sœurs, dans l’escarcelle de la France. Cette usine à sucre connaît une réelle prospérité malgré les catastrophes naturelles, les troubles, les épidémies grâce à un système colonial fondé sur l’exploitation des esclaves qui va engendrer une société métissée très inégalitaire. Les habitants se sont dotés d’une identité créole spécifique, née d’une relation multi séculaire avec la France puisque l’île choisit une décolonisation singulière : par assimilation à la République française. Cet ancien confetti de l’empire est aujourd’hui un territoire français à forte personnalité.

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I. Une île de l'Arc Antillais 

Le pays 

Carte de La Martinique

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La Martinique appartient à l’arc volcanique des Petites Antilles ou îles du vent qui s’étend sur 850 km entre la mer des Caraïbes à l’ouest et l’océan atlantique à l’est. Avec une superficie de 1128 km2, elle s’étire sur 70 km de longueur et 30 km de largeur entre la Dominique au nord et Sainte-Lucie au sud, à mi-chemin entre l’équateur et le tropique du Cancer.

Issue comme toutes les îles de l’archipel d’une activité volcanique récente (5 millions d’années), au niveau de la zone de subduction entre plaque Atlantique et Caraïbe, elle a un relief accidenté, culminant au volcan de la montagne Pelée (1397 m), et se trouve soumise à d’importants risques naturels (séismes, tsunamis, éruptions volcaniques), dont certains sont restés tristement célèbres par leur intensité, comme le tremblement de terre de 1839 qui détruisit la moitié de Fort de France ou par leur brutalité : l’éruption de la montagne Pelée de 1902 qui rasa Saint-Pierre, tuant 28 000 habitants en quelques minutes.

La topographie insulaire s’ordonne en deux zones distinctes. Au nord, la partie la plus montagneuse, couverte de forêt tropicale, concentre l’essentiel du réseau hydrographique. Au sud, des collines plus sèches aux sommets arrondis (mornes) voisinent avec de petites plaines (fonds). 

D’est en ouest, on observe un autre contraste entre la côte orientale « au vent » (capesterre), soumise aux alizés, où se succèdent deux types de littoraux et la côte occidentale, « sous le vent », plus abritée. Escarpée au nord, celle-ci est bordée d’une vaste zone de mangroves à palétuviers au sud. Au nord-atlantique, on trouve un littoral bordé de hautes falaises et, au sud, la côte est-atlantique est protégée par une ligne de récifs (cayes) dangereux.

Appartenant au domaine tropical humide, la Martinique connaît une température moyenne de 26°C avec deux saisons principales. De janvier à juin, une saison sèche dénommée le carême, alterne avec l’hivernage, saison chaude et humide propice aux cyclones.

Ces conditions climatiques donnent lieu à une végétation luxuriante : la forêt tropicale humide regorge de grands arbres précieux tels que l’acajou, de fougères arborescentes, de fleurs aux couleurs flamboyantes. La forêt tropicale sèche comprend des plantes xérophiles (acacia, campêche) et des plantes grasses (cactus, agave). Ces forêts abritent une faune aviaire diversifiée. Les espèces animales terrestres indigènes sont peu nombreuses et moins pittoresques. On rencontre des marsupiaux (manicous), des mygales, des iguanes, des spécimens dangereux comme les serpents trigonocéphales (fer de lance) et les scolopendres. 

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Les Hommes 

Le peuplement de l’archipel, dont les origines sont encore assez mal élucidées, résulterait de plusieurs vagues migratoires originaires d’Amérique centrale et du delta de l’Orénoque entraînant des métissages. Vers -4000, les premiers habitants remontent le long de l’archipel à bord de grandes pirogues constituées de troncs d’arbres évidés et s’installent sur les littoraux où ils pêchent et prélèvent crustacés et coquillages. Puis au début de l’ère chrétienne, une deuxième vague amène des groupes d’agriculteurs, nommés Tainos ou Arawaks qui vont cultiver des espèces végétales domestiquées comme le manioc ou la patate douce et fabriquent des poteries. En quelques siècles, ils se mélangent aux chasseurs-cueilleurs déjà installés en développant un mode de vie insulaire basé sur l’exploitation des ressources terrestres et aquatiques. Plus tardivement, des groupes de guerriers, Kalinas, auraient conquis l’archipel, rendant la cohabitation difficile avec les peuples déjà installés. Ils auraient exterminé les hommes pour mieux dominer les femmes. Ce qui produit l’existence de langues particulières où une partie du vocabulaire masculin et féminin est sensiblement différente. Il semble donc qu’un métissage supplémentaire se réalise. Le surnom de « Cannibales », par altération de Kalinas, qui leur est attribué par les premiers Européens entrés en contact avec eux, prend en raison de leurs coutumes anthropophagiques, le sens de mangeurs d’hommes et s’étend aussi à toutes les petites Antilles dites « îles des Cannibales » jusqu’à ce que ces coutumes finissent par disparaître.

En juin 1502, Christophe Colomb découvre cette île aux appellations multiples, Martinino : île aux femmes ou Madinina : île aux fleurs ou Juanacaera : île aux iguanes, rebaptisée plus tard Martinique, mais il ne cherche pas à l’occuper au profit de l’Espagne qui se contente pour l’heure d’annexer les grandes Antilles. Dans la première moitié du 16ème siècle, les Espagnols tenteront bien de s’installer dans les petites Antilles, mais dissuadés par la résistance farouche des populations, ils se borneront à les utiliser comme escales, points de mouillage et de ravitaillement pour les navires. À leur tour, les diverses nations européennes (France, Angleterre, Hollande) cherchent à se tailler un empire colonial : corsaires, pirates et flibustiers écument la mer des Antilles, attaquant les galions espagnols chargés d’or en provenance de Carthagène. Au début du 17ème siècle, les conflits européens se répercutent dans l’Atlantique où les attaques ponctuelles des corsaires aboutissent progressivement à une politique d’accaparement territorial. Après les Hollandais, les Anglais et les Français portent leurs convoitises sur les petites Antilles.

C’est à partir de Saint-Christophe (St Kitts) au nord de l’archipel que les Français se lancent d’abord à la conquête de deux des plus grandes îles : la Martinique et la Guadeloupe qui serviront à leur tour de point de départ pour la colonisation d’autres îles.

S’agissant de la Martinique : en 1635, Belain d’Esnambuc débarque à Saint-Pierre, qui sera la première capitale de l’île, puis négocie un accord provisoire avec les populations qui lui concèdent la basse terre de la côte occidentale. L’ancien corsaire et ses hommes prennent possession de l’île au nom du roi de France. Celle-ci entre pour longtemps dans la sphère occidentale et noue une relation privilégiée avec sa lointaine métropole.

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II. Une île à sucre 

La mise en place de la domination Française

La Martinique va connaître successivement plusieurs types d’institutions coloniales. Sans s’engager directement, le roi de France apporte d’abord sa caution à la Compagnie de Saint-Christophe vite transformée en Compagnie des îles d’Amérique, chargée de faciliter la mise en valeur du territoire. En 1650, un système de seigneurs-propriétaires, sous la suzeraineté lointaine du roi, lui succède. La Martinique est vendue au gouverneur du Parquet, neveu d’Esnambuc, jusqu’à sa reprise en main par Louis XIV, en 1664, à travers la Compagnie des Indes occidentales, nouvellement créée. En 1674, les colonies sont intégrées au domaine royal par une politique de centralisation plus poussée. Un lieutenant général, secondé par un intendant, représente le roi. Il réside en Martinique et a autorité sur les autres colonies, ce qui lui confère une place prééminente et un traitement de faveur par rapport à l’ensemble des îles de l’archipel.

La Martinique devient partie prenante dans les conflits qui opposent les puissances européennes, car toutes possèdent une extension caraïbe ou américaine. À la fois théâtre et enjeu de rivalités, elle organise sa défense en se dotant d’une puissante architecture militaire comme les forts de Saint-Pierre ou Fort-Royal et Fort Desaix dans la baie de Fort-de-France. Elle participe à de nombreux affrontements au 17ème et tout au long du 18ème siècle. Parfois occupée, elle parviendra néanmoins à rester française par le traité de Paris de 1763 qui met fin à la guerre de sept ans contre la Grande-Bretagne.

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Naissance dune économie de plantation

L’économie de l’île se transforme au cours du 17èmesiècle. Les cultures vivrières, le tabac et l’indigo sont délaissés au profit de la canne à sucre couplée à des plantations de caféiers. Celle-ci exige des investissements en moulins à sucre, mais on en escompte des conséquents car la demande européenne ne cesse d’augmenter. Les planteurs blancs propriétaires s’imposent, accueillant des Juifs hollandais expulsés du Brésil qui savent construire les moulins pour broyer la canne et utilisent une main-d’œuvre blanche constituée « d’engagés » ou « 36 mois », travailleurs sous contrat, dont le voyage est payé à condition qu’ils restent au service du planteur pendant 3 ans. Exploités et peu nombreux, ils ne peuvent résister aux conditions climatiques, ni aux erreurs de culture et d’élevage, ni aux maladies et seront bientôt remplacés par des esclaves noirs venus d’Afrique occidentale, dans le cadre du commerce triangulaire. A raison de 15 000 en 1700 contre 6 500 blancs, ceux-ci constituent, en 1751, 83% de la population de l’île devenue quatrième producteur mondial de sucre. Ils sont intégrés au sein de plantations nommée « habitations » qui fonctionnent de manière autonome. La maison du maître domine les plantations, les cases des « nègres », les moulins et les équipements destinés à transformer la canne. Les noirs sont soumis à un régime d’exploitation très dur qui provoque des révoltes, certains s’enfuient : ils « marronent », trouvent refuge parmi les populations caraïbes du côté de la côte orientale, entraînant leur extermination. La colonisation s’en trouve stimulée. Un Code noir français, élaboré en 1685 par Colbert et plus ou moins respecté, réglemente le travail et la torture des esclaves, oblige les maîtres à les nourrir et à les vêtir, impose la religion chrétienne et interdit les unions entre blancs et noirs.

Une société esclavagiste de type nouveau se met en place. Au sommet, l’oligarchie blanche créole est constituée d’une poignée de grands propriétaires (ne résidant pas forcément sur leurs terres) qui possèdent plus de la moitié des terres, formant une aristocratie locale dont une des plus célèbres ressortissantes fut Marie Josèphe Tascher de la Pagerie, dite Joséphine de Beauharnais qui épousera Napoléon 1er et deviendra impératrice de France en 1804. En bas, les esclaves forment l’écrasante majorité de la population. Un groupe intermédiaire métissé commence à prospérer : les mulâtres ou gens de couleur libres.

Émancipation ou assimilation? 

La politique mercantiliste de Colbert soumet la Martinique au régime de « l’exclusif », un système restrictif permettant les échanges uniquement sous pavillon français, tandis que les industries locales susceptibles de concurrencer la métropole sont interdites. Il en résulte des mouvements de révolte des colons contre la monarchie, qui ponctuent à intervalles réguliers l’histoire insulaire, comme le Gaoulé du Diamant en 1717 protestant contre une interdiction royale de raffiner le sucre sur place. En 1787, la création d’une assemblée coloniale élue satisfait en partie leurs revendications en adoucissant les mesures trop strictes de l’exclusif.

Dès lors, la Martinique va connaître des péripéties liées à la Révolution et aux guerres napoléoniennes. Si la question de l’esclavage se pose dès les débuts de la Révolution en métropole, il n’est pas remis en cause en Martinique ; les patriotes négociants, fidèles à la métropole s’opposent aux planteurs autonomistes mais s’accordent avec eux pour refuser de reconnaître la République et l’abolition de l’esclavage en 1792. Le nouveau gouverneur dissout l’Assemblée coloniale pendant que les propriétaires entament une contre-révolution, en livrant l’île aux Britanniques jusqu’à ce que Napoléon rétablisse l’esclavage en 1802 avant de s’attaquer à nouveau à eux. En 1814, l’île est rétrocédée à la France au moment où les notions de liberté, d’indépendance et d’abolition de l’esclavage promues par la révolte noire d’Haïti menée par Toussaint Louverture se répandent dans les Caraïbes. La vieille société coloniale commence à être ébranlée tandis que la crise naissante du sucre (concurrencé par le sucre de betterave en Europe) porte un coup au système esclavagiste et la Martinique devra accepter l’abolition de l’esclavage, initiée par Victor Schœlcher, suite à la révolution de 1848.

Le second Empire sert les intérêts de l’aristocratie blanche et de la bourgeoisie capitaliste. Il cherche à relancer l’économie sucrière en initiant de grands travaux, en modernisant le système bancaire et en développant des usines à sucre mécanisées pour remplacer la vieille structure de « l’habitation ». Si les conditions de vie des anciens esclaves demeurent inchangées, pour renouveler la main-d’œuvre on fait appel à une immigration sous contrat : des Indiens issus des comptoirs français, des Africains et des Chinois viennent s’installer dans l’île.

La IIIème République qui se lance dans de nouvelles aventures coloniales propose alors à ses « vieilles colonies » une politique d’assimilation les rapprochant du régime de la métropole. La Martinique va dès lors vivre au rythme des événements politiques qui se produisent en France. L’introduction de l’école laïque et du suffrage universel vont démocratiser la vieille société coloniale et permettre à la petite bourgeoisie de couleur de se hisser à l’exercice des responsabilités.

Mais l’île n’échappe pas à la grande crise sucrière de la fin du 19ème siècle. Le sucre de canne, concurrencé par le sucre de betterave, perd la moitié de sa valeur, les planteurs vendent leurs terres aux propriétaires des usines tandis que les ouvriers agricoles commencent à s’organiser, ce qui se traduit par de nombreuses grèves en 1900 inspirées par les idées socialistes. Un important mouvement communiste tente de lutter contre une société terriblement inégalitaire. Après la destruction de Saint-Pierre, capitale économique et culturelle de l’île, par le séisme de 1902, ses fonctions urbaines sont définitivement transférées à Fort-de-France. 

La Martinique participe à la Première Guerre mondiale : plus de 14 000 hommes sont mobilisés. En plus de pertes humaines assez conséquentes, elle contribue financièrement à l’effort de guerre. L’économie toujours fondée sur la production sucrière se diversifie, de nombreuses distilleries produisent désormais du rhum et la culture de la banane commence à se développer.

Pendant l’entre-deux-guerres, les élites politiques ne remettent pas en cause l’appartenance de l’île à la République française. En 1925, le Conseil général de Martinique se prononce pour son assimilation administrative et judiciaire, tout en préservant son autonomie financière et les prérogatives de l’Assemblée locale.

Lors de la Seconde Guerre mondiale, la Martinique se retrouve sous la férule de l’amiral Robert, représentant du régime de Vichy qui a autorité sur les Antilles et la Guyane françaises. Collaborateur convaincu, il tente de préserver la souveraineté nationale sur les colonies, surveille les réserves en or de la Banque de France entreposées à Fort-de-France, gère les restrictions puis la disette dues au blocus américain et traque férocement les dissidents qui essaient de rejoindre la France libre. En 1943, le soulèvement de la garnison oblige l’amiral à abandonner ses fonctions. L’île est alors rattachée à la France Libre.

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III. Une île de département à forte personnalité régionale 

Un département d'Outer-mer

À l’heure des décolonisations, le choix de la Martinique se porte sur l’assimilation. En mars 1946, le rapporteur de la loi qui fait de la Martinique un département français est Aimé Césaire, intellectuel illustre et député-maire de Fort de France. Communiste, soucieux de soustraire l’île à la menace d’une mainmise américaine sur les îles antillaises françaises, Césaire espère que la législation sociale métropolitaine va s’étendre à la Martinique pour réduire la misère et les inégalités sociales. La seule innovation institutionnelle concédée par la France est le remplacement du gouverneur par un préfet. En 1956, Césaire rompant avec le communisme remet en cause cette départementalisation en créant le Parti progressiste martiniquais qui prône une sorte de fédéralisme à mi-chemin entre départementalisation et autonomie. Dans la foulée, naissent des mouvements autonomistes ou indépendantistes. Edouard Glissant, autre intellectuel célèbre, est aux origines du FAGA (Front Antillo-Guyanais pour l’Autonomie). Ce qui lui vaudra d’être interdit de séjour en Martinique de 1959 à 1965. Fin 1962, l’organisation de la jeunesse anticolonialiste de la Martinique est créée, le mouvement indépendantiste martiniquais suit en 1978.

La première réponse apportée par la métropole est l’encouragement de l’émigration locale vers l’Hexagone pour satisfaire ses besoins nationaux (de là l’importance de la population d’origine martiniquaise aujourd’hui en métropole : étudiants et surtout fonctionnaires). Plus tard, la loi de décentralisation de 1982 organise Martinique, Guadeloupe, Guyane en régions. En 1983, la Martinique devient une région (DROM) à part entière avec la création d’une nouvelle collectivité, le Conseil régional. Césaire en est le premier président. Mais ce n’est qu’en 1996 que les Martiniquais obtiennent une égalité de droits complète avec les métropolitains. En 2003, ils refusent une assemblée unique qui accorderait des compétences nouvelles aux collectivités locales, restant favorables à une intégration à la communauté française, alors même que le parti indépendantiste prend la tête de la région. En 2016, la Martinique est transformée en une collectivité territoriale d’outre-mer exerçant les compétences dévolues au département et à la région dans une assemblée de Martinique.

Une grande partie des infrastructures publiques ont été développées grâce aux subventions de l’Union Européenne puisque la Martinique bénéficie du statut de régions ultrapériphériques, ce qui a permis à l’île de se doter d’équipements modernes : aéroport, routes, hôtels, hôpitaux, établissements scolaire. Sa situation en fait une plate-forme d’échanges (4ème port de porte-conteneurs français, 11ème aéroport international français). Du coup, le niveau de vie de la population est l’un des plus élevé de la Caraïbe, la Martinique est une vitrine de la société de consommation pour ses voisines antillaises.

La structure d’ensemble de l’économie présente un secteur tertiaire prédominant, les services représentent 84,2% de la richesse produite avec les transferts financiers versés au titre de la continuité territoriale, le secteur public, le commerce et le tourisme. Ce dernier est le deuxième secteur économique avec plus de 700 000 visiteurs par an qui s’installent principalement dans le sud en dépit du tarif très élevé des billets d’avion. Concurrencé par Cuba et la République dominicaine, le tourisme de séjour a cependant du mal à prendre son essor. Le secteur industriel occupe une place modeste, il est surtout tourné vers la transformation pétrolière (13% de la richesse insulaire). L’agriculture, en recul, contribue seulement à 2,3% de la richesse locale. Le premier produit d’exportation est la banane, aujourd’hui en baisse car cette culture pollue les sols du fait de l’utilisation de pesticides désormais illicites. La culture traditionnelle de la canne transformée en rhum agricole diminue ainsi que les cultures d’ananas et de fleurs.

Malgré son IDH élevé (0,814), la Martinique connaît une situation économique difficile avec un taux de chômage important avoisinant les 20% qui touche surtout les jeunes. La grève de 2009 contre la vie chère et pour une hausse du pouvoir d’achat a eu une résonnance particulière, elle s’est terminée par un protocole d’accord où les grévistes ont obtenu des acquis importants sur les salaires et les prix. Mais les tensions sociales restent fortes car les difficultés économiques sont structurelles : l’île est trop dépendante de la Métropole et mal intégrée à son environnement. L’affrontement entre les tenants de l’assimilation et les partisans d’un changement de statut reste d’actualité.

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De la négritude à l'antillanité

La population martiniquaise s’élève à environ 400 000 habitants avec une densité de 338h/km2. La baisse de la natalité et l’émigration en réduisent le nombre et en accentuent le vieillissement (un quart des habitants est âgé de plus de 60 ans).

Cette société pluriethnique métissée est fortement marquée par l’héritage colonial. Ce sont toujours les blancs (Békés), créoles héritiers des dynasties foncières, usinières et commerçantes qui constituent la minorité dominante. En dessous, les petits blancs (Békés goyave) sont les descendants des intendants et employés de commerce. Les noirs et les métis majoritaires, forment les 4/5ème de la population et représentent la classe moyenne de couleur, en tant que cadres ou professions libérales. De cette classe provient l’élite qui a conquis le pouvoir politique. Les Indiens nommés « coolies malabar » constituent 10% de la population avec les Chinois, les Syriens et les Libanais, immigrés plus récents, essentiellement commerçants.

L’histoire de l’île a contribué à un métissage culturel qui passe par la revendication de la langue créole, née dans la plantation et composée d’un mélange de mots issus d’un français simplifié, de mots africains et caraïbes, anglais et espagnols. Le choix de l’assimilation et la lutte pour l’égalité des droits a provoqué en retour la revendication d’une identité culturelle, fondée sur une culture martiniquaise différente de la culture française métropolitaine. Ceci s’est traduit par l’engagement littéraire et politique d’intellectuels, d’artistes, d’écrivains qui s’interrogent sur l’identité martiniquaise. Parmi les explorateurs de l’identité, nous ne citerons que les plus connus : d’abord Aimé Césaire, le pionnier, écrivain-poète, chantre de la négritude, dont l’œuvre défend la beauté de l’homme noir, dénonce le racisme et le colonialisme. Puis Frantz Fanon, psychiatre et essayiste, théoricien de la révolution du tiers-monde qui déconstruit l’aliénation du colonisé et justifie la violence pour assurer sa libération. Enfin, Edouard Glissant, écrivain-poète, essayiste, qui a développé les concepts « d’antillanité », de « créolisation » et d’« identité-relation » comme autant de marqueurs de spécificité des Antilles dans leur diversité.

La richesse du monde créole se manifeste aussi par la musique traditionnelle qui bénéficie des apports caraïbes, africains, européens. Elle est régénérée aujourd’hui par de jeunes talents marqués par le phénomène zouk. Le carnaval est célébré chaque année dans un rythme endiablé et la gastronomie, partagée par les autres îles de l’arc antillais, mêle les produits locaux de la terre et de la mer aux produits importés dans des saveurs exotiques avec le rhum, les jus de fruits et… le champagne. La « perle » des Antilles se trouve bien au carrefour de cultures qui ont su se mélanger tout en gardant leurs singularités.

Par son histoire et par sa géographie, la Martinique s’inscrit dans ce qu’on appelait « la plus grande France ». Elle enrichit la métropole d’un espace caraïbe et d’un vaste domaine maritime qui contribuent à son rayonnement. L’île rencontre des difficultés économiques et sociales, mais elle ne cesse d’affirmer une personnalité originale et une identité multiple, créative et vivante.

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Bibliographie : 

  • Nicolas, A., Histoire de la Martinique, Paris, L’Harmattan, 3 tomes : tome 1 (1996), 404 p, tome 2 (2005), 260 p, Tome 3 (1998), 309 p.
  • Adélaïde-Merlande, J., Histoire générale des Antilles et des Guyanes, Paris, L’Harmattan, 2016, 329 p.
  • Martinique, Paris, Guide Hachette, 2015, 239 p.

 

Last modified: Wednesday, 23 January 2019, 11:55 AM