Le volet terrestre au massif du Mitaraka

              

Voici un résumé des différents articles présents sur le journal de bord de l'expédition. Vous pouvez accéder à l'article en entier en cliquant sur l'image ou sur le titre, et commenter en bas de page.

                      

Vous pouvez également retrouver le blog dans son intégralité en cliquant ici.

         

Le rapport de la DEAL, la Direction de l'Environnement, de l'Aménagement et du Logement, présente le massif du Mitaraka et Tchoukouchipann : sa localisation, sa géomorphologie et ses intérêts biologiques. Cette zone est classée ZNIEFF, Zone Naturelle d'Intérêt Écologique Faunistique et Floristique. Vous pouvez le consulter ici.

      

Les monts Tumuc-Humac

Les monts Tumuc-Humac, “montagnes” fantasmées par les géographes français du XIXe siècle, fascinent les explorateurs depuis longtemps. Ce sont des inselbergs, reliefs résiduels rocheux isolés qui dominent un pseudo-plateau. Ils sortent de la forêt tropicale et forment des environnements différents.

Les rares missions à s’être rendues dans cette zone signalent la présence d’une flore riche, différente du reste de la Guyane par son influence amazonienne et encore largement méconnue. Cette région est aussi la moins connue de Guyane sur le plan entomologique.

Massif du Mitaraka © P.Pascal - MNHN-PNI / expédition Guyane

  

Une logistique de grande expédition

Le massif du Mitaraka se trouve à l’extrême sud de la Guyane, très loin des quelques 450 kilomètres de route qui longent la côte atlantique du Brésil au Surinam. Les nombreux cours d'eau de Guyane, bien que difficilement navigables assurent la liaison en pirogue entre les villes et les villages, les seules autres alternatives sont l'avion ou l'hélicoptère.

Pas moins que 75 personnes, dont 50 scientifiques doivent être acheminées sur site sans compter les 5 tonnes de matériel nécessaire.
On comprend mieux maintenant les termes "Grande expédition" !

Transfert de fret, envir. 5 500 kg au total, dont 1 300 kg de "dangereux"

  

ON Y EST

« On y est », donc ! Difficile d’y croire, même trois jours après l’arrivée au fin fond de la Guyane. Il faut dire que l’on est tombé littéralement du ciel, après un vol en hélicoptère de quarante minutes depuis Maripasoula, un village du Maroni situé à une heure d’avion de Cayenne. On arrive dans les Mitaraka sans transition, et l’on passe de la phase « paperasses et tracasseries » au terrain sans palier de décompression.

Pristimantis sp. © Maël Dewynter - MNHN-PNI

  

Volet terrestre ou volet marin ?

Les pluies sont bien là, et le fameux « petit été de mars », creux des pluies en cette saison humide, est attendu avec impatience. Les chemins sont des patinoires, les ponts de fortunes installés sur l’Alama sont plus souvent sous l’eau qu’au dessus et conserver ses pieds au sec est un objectif partagés par tous mais inaccessible pour l’instant. Le paysage n’est que bosses et creux, et les passages obligés dans les pinotières marécageuses et les criques avec de l’eau jusqu’à la poitrine font des dégâts aux vêtements et au moral.

Sortir la tête de l’eau, pouvoir beugler « Terre en vue ! » comme un marin après une longue traversée, voilà le sentiment unificateur.

Le sommet en cloche dans la brume © Sylvain Hugel - MNHN-PNI

 

Petit précis d’organisation – partie 1, les bagages

Maurice est malheureux. Maladivement technophile (il ne peut s’empêcher d’emporter avec lui tout ce qui peux exister en matière d’appareils et le tout en triple exemplaires) mais foncièrement honnête, il est l’un des rares à avoir scrupuleusement respecté le poids prescrit ; ce nombre que l’on a rendu infranchissable, en caractère gras dans des messages alarmistes, répétés sans cesse pour que rien n’existe au delà de 20. Pas même 21, ni 22, rien. Une limite absolue, imprimée dans les têtes comme un grand panneau routier, clignotant en permanence. Maurice sait que ses collègues ont triché.

Maurice Leponce, dans une tenue anti-phlébotomes improvisée (voir billet 1 "on y est") © Frédéric Petitclerc - MNHN-PNI

 

Trafic d’animaux

Je suis ému aux larmes du bel esprit qui règne dans la communauté. Chacun rapporte à l’autre l’animal de sa spécialité. Les orthoptèristes ne sont pas les derniers à jouer collectif et fournir régulièrement, après leurs virées nocturnes, serpents, lézards et tout ce qui peut intéresser les autres zoologistes.

Les informations sur les « bon coins » circulent. Les observations naturalistes (les fameuses « obs ») hors disciplines représentées (en gros, les mammifères et les oiseaux) aussi. Une bande de Saki Satan a été vue sur le layon D, une autre de Capucins à tête blanche sur la pente du layon A. Un tapir surprit dans le bas fond du C. Quelques uns ont subit des jets de branches de singes atèle furieux d’être dérangés.

Microbate à collier et sa feuille de palmier (toujours la même) © Sylvain Hugel - MNHN-PNI

  

L’auberge des Mitaraka

Les repas collectifs du soir sont l’occasion de rassembler nos naturalistes autour de dîners exotiques dans un tel contexte. La surprise et l’étonnement se lisent sur leur visage à chaque fois. La choucroute (en boîte) accompagnée de patate douce ou « la touche verte » (selon l’expression d’Olivier) restée non identifiée sur la salade de maïs (en boîte), alimentent autant les corps que les conversations.

Serge, le torchon sur l’épaule, observe les réactions de la trentaine de « clients » attablés, et fait rapidement le bilan entre ce qui est apprécié de ce qui l’est moins, sur la quantité, suffisante ou non. Le souci de bien faire, qui anime nos quatre cuisiniers improvisés (ce n’est le métier d’aucun), est parfois la cause de petites chamailleries entre le père et le fils, le second reprochant au premier sa mesquinerie sur le choix des marques et sur la qualité de certaines conserves. Serge peste parfois contre les desserts trop compliqués concoctés par Olivier.

Repas du soir à l’auberge des Mitaraka © Olivier Pascal - MNHN-PNI
    
Journal de bord billet 6

Moisson

Au 2 mars, Nicolas a capturé quatorze espèces de lézards et en a vues – et identifiées - cinq autres. Des spécimens de treize espèces de serpents ont été dûment prélevés et trois autres espèces ont été vues. Trente-cinq espèces de reptiles recensées en une semaine. Nos spécialistes des amphibiens, Antoine et Maël annoncent une cinquantaine d’espèces de grenouilles sur la même période. Ajoutons à la liste un caïman et deux espèces de tortues. C’est à la fois beaucoup – selon les critères herpétologiques - et infiniment peu, comparé aux milliers d’espèces d’insectes connues et inconnues qui seront « produites » par cette expédition.

On comprendra alors mieux que l’entomologie est la discipline reine de nos opérations dont la vocation première est la description du vivant. Une forêt tropicale, c’est des plantes et des insectes et pas beaucoup d’autres choses.

Dans la partie réservée aux herpétologues et aux arachnologues, lesspécimens sont préparés (prélèvements de tissus et d’organes pour les analyses génétiques) et photographiés. De gauche à droite : Jérôme Murienne, généticien, Maël Dewynter spécialiste des batraciens, Nicolas Vidal, spécialiste des serpents et Vincent Vedel, spécialiste des araignées © Olivier Pascal - MNHN-PNI
   
Journal de bord billet 7

Petit précis d'organisation - Partie 2, les transports

C’est la première fois que nous n’utilisons que la voie des airs pour atteindre un lieu d’expédition dans le programme « Planète Revisitée ».Néanmoins, tous ces engins volants – certains utilisés successivement pour des bonds de géants suivis de sauts de puce, ou associés en parallèle pour la logistique – n’auraient in fine aucune utilité si il n’y avait pas cette minuscule ouverture, cette boutonnière dans le grand tissu vert de la forêt tropicale qui permet en bout de chaîne, de concentrer en un lieu précis et pour quelques semaines 5,5 tonnes de matériel et 7 tonnes de chair humaine. Ultime point de chute qu’il a bien fallu aller ouvrir à pied et à la main.
La petite tâche piquetée de trois points blanc au centre de l’image, à l’aplomb de la montre de Mathias Fernandez, est la DZ du camp des Mitaraka, perdue au milieu de la grande forêt. © Olivier Pascal - MNHN-PNI

    
Journal de bord Mitaraka

Séchoir

Entre orchidées en fleurs et champs de broméliacées, vasques aux eaux claires creusant la dalle rocheuse, nos naturalistes s’ébrouent et contemplent enfin, ébahis, les différents pitons granitiques qui ponctuent le paysage alentours. Depuis, c’est l’endroit à la mode ; et on en croise du monde sur cette sente. Une affluence qui énerve les singes déjà facilement irritables à la seule vue d’un naturaliste isolé et à la face éternellement rouge de colère. Les branches pleuvent et les échanges d’insultes fusent dans les deux sens (ça soulage les deux partis en présence, même si l’on ne se comprend pas). « Descends de ton arbre si tu veux devenir un homme ! » et paf, une branche sur la caboche.
Singe araignée ou Atèle ou Kwata © Rémy Pignoux - MNHN-PNI
    
Journal de bord Mitaraka

Premier bilan et grand coup de balai

Des scientifiques frais arrivent. Ceux qui partent font moins les coqs qu’au début et pour certains, il était temps de rentrer. Julien émet l’hypothèse d’une première liste de cinq cents espèces animales disponible à mi-avril sur le site de l’INPN (Inventaire National du Patrimoine Naturel). La liste sera cependant amputée de nombreux noms, ceux des bêtes anonymes appartenant aux groupes « difficiles », un adjectif qui tire un voile pudique sur le chaos taxonomique existant dans certains taxons autant que sur l’absence de spécialistes pour certaines familles, d’insectes notamment.
Marc Pollet, spécialiste des diptères. © Olivier Pascal - MNHN-PNI
    
Journal de bord Mitaraka

Un vol de trop

La journée du 11 fut agitée. Bien commencée, avec un temps clément, elle finit par un coup du sort, cinglant comme un coup de chien alors que la mer est plate et belle. Dix minutes après avoir débarqué de l’hélicoptère, Cyril s’est écroulé, comme un grand tronc qui s’affale. Crise d’épilepsie.

Entre deux rotations, un autre Dauphin arrive, une équipe du SAMU de Cayenne à son bord. Cyril allonge sa grande carcasse dans l’appareil et quitte l’opération le jour de son arrivée.

Des arrivées et des départs, jamais trop tard, une fois trop tôt. © Olivier Pascal - MNHN-PNI
                     
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Échange de bons procédés

Nouvelle équipe, nouvelles spécialités. Les champignons, mollusques, poissons et vers de terre, laissés tranquilles dans la première quinzaine, ont du soucis à se faire. Des entomologistes neufs pour poursuivre le travail des précédents, épuisés, et une équipe de botanistes complètent le nouveau groupe. Chaque layon de travail est commenté à la bleusaille par les quelques habitués, avec la crânerie d'anciens combattants : "le Layon D, c'est l'enfer".

Avoir des bons compagnons sur le terrain est primordial.

Le groupe de la première quinzaine, au grand complet, avec en supplément Thomas Grenon, Directeur Général du Muséum et les deux journalistes de France 2. © Xavier Desmier - MNHN-PNI
             
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Deux espèces nouvelles (une vraie et une fausse), deux poids et deux mesures

Emmanuel et Thibaud arrivent au camp le visage rouge de plaisir et de soleil. Leur première journée a été fructueuse : ils ont mis la main sur un vers humivore saproxylique (en français courant : qui mange de l’humus et vit dans du bois mort) de soixante-dix centimètres et jaune pâle. Quatre adultes, une douzaine de « cocons » (appellation contrôlée et en usage chez les versdeterrologues) abritant chacun trois embryons. « Une famille entière décimée » dit Thibaud presque à regret, mais pour le bien de la Science. Ce ver appartient peut-être à un nouveau genre, « c’est l’hallu totale » selon l’expression d’Emmanuel.

Vous trouvez risible de s’extasier devant un lombric ? Moi aussi, au début.

Cocon (1,5 cm de large sur 1 cm de haut) abritant trois embryons de ver de terre. © Thierry Magniez - MNHN-PNI
                         
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Fausse alerte

Ituglanis nebulosus. Ce poisson chat de quelques centimètres est un parasite d’autres poissons dont il racle le mucus pour se nourrir. Il peut aussi creuser des galeries dans la chair des branchies de sa proie et s’abreuver de son sang. Ce poisson, qui rentre aussi dans les ouïes d’autres espèces plus imposantes, peut s’insérer dans tous les orifices humains à portée. Seul le bistouri peut le déloger d’un urètre ainsi obstrué. Qu’il suive les jets d’urine subaquatiques des baigneurs pour remonter le courant chaud vers la source n’est cependant pas confirmé. Le récit des mœurs étranges du « poisson-zizi » n’arrive pas à dérider la tablée ; la pluie assombrit le ciel et les humeurs.

Ituglanis nebulosus, poisson parasite. © Frédéric Mélki - MNHN-PNI
           

«Il était deux fois»

Un problème est survenu. Marie Fleury s’est perdue. Nous venons de vivre une sorte d’expérience de mécanique quantique ; pas tant en référence à ses lois, ni au fait que nous nous sommes sentis « infiniment petits », mais en raison des sensations que peut procurer l’inconcevable. Le matin, nous nous trouvions face à une réalité contradictoire : Marie est là et elle n’est pas là, suivant ainsi le « principe de superposition » de la physique des particules qui veut qu’un atome soit et ne soit pas désintégré au même moment. Marie a disparu mais elle est là, quelque part derrière l’écran de la végétation qui se déplace au fur et à mesure que l’on progresse, constamment là pour étouffer la vue et brouiller les sons.

Journal de bord Mitaraka

Dernière ligne droite

La pêche du jour fait (encore) débat : agilae ? geayi ? Un Rivulus « absolument » différent selon Fred.

Régis reste muet, pas question de prendre parti et d’être moqué par l’ensemble de la communauté locale, toujours prompte à sortir le goudron et les plumes pour des erreurs grossières de détermination in situ. Le naturaliste peut aussi être vachard, même si le troc de spécimens entre spécialités est toujours aussi soutenu. C’est d’ailleurs un poisson trouvé dans une trace de botte et rapporté par Quentin qui a mis le trio sur la trace du « peut-être » (Seb) « sans doute » (Fred) nouveau Rivulus.

Rivulus sp. ©Frédéric Mélki - MNHN-PNI
                            

On ferme

Le village des Mitaraka ferme ses portes.Pour l’heure, dans cet entre-deux d’une opération déjà terminée mais pas encore finie, c’est un sentiment mitigé qui domine, une satisfaction teintée de vague-à-l‘âme.C’est souvent ainsi dans ces parenthèses que sont les expéditions naturalistes, qui unissent dans une même quête une collection d’individus qui ne se côtoient pas forcément dans la vie. Cette collection de personnages aux caractères et parcours différents forme un mélange hétéroclite, mais nourri de la même passion. Une bande de curieux, trop souvent confondus avec des gens bizarres.

 

 

 

Last modified: Monday, 10 December 2018, 3:54 PM