Les ressemblances prouvent-elles l'évolution ?

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Auteure : Corinne Fortin (Maître de Conférences, UPEC)

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On serait tenté de répondre oui, d'un oui péremptoire face à l'évidence des faits ! Comme si, par exemple chez les vertébrés, le partage des similitudes observées au niveau anatomique, embryologique et moléculaire imposait une seule conclusion possible : les similitudes témoignent d'un ancêtre commun à tous les vertébrés. Or cette affirmation de la parenté est d'abord le résultat de la recherche en biologie de l'évolution et non pas le fruit d'une évidence factuelle. Aussi, le lien explicatif entre similitude et ancêtre commun n'est-il pas toujours convaincant pour un public novice en matière d'évolution.

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Mais que nous apprennent vraiment les comparaisons entre spécimens ?

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L’UNITE : reflet de l’évolution ?

Arguer d'un même « plan d'organisation » ou de la présence des mêmes molécules chez différentes espèces montre d'abord une unité des organismes. Or, l'unité est plutôt signe, a priori, de stabilité que de transformation du vivant. Aussi l'explication de la pérennité de l'unité d'organisation des taxons, au cours de temps géologiques, peut dans un premier temps laisser penser à la fixité, et se révéler pédagogiquement peu opératoire pour justifier de la pertinence de la transformation des espèces. D'où parfois une incompréhension, voire une résistance des élèves à l'enseignement de l'évolution. C'est que l'unité, et avec elle la similitude, constituent en réalité un obstacle qu'il faut surmonter.

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Un peu d’histoire

L'explication de l'unité repose sur la comparaison des structures anatomiques, embryonnaires et moléculaires. La comparaison conduit à l'anatomie comparée, embryologie comparée et biologie moléculaire comparée, mais pas nécessairement à une analyse en termes de parenté et d'ancêtre commun. Pour comprendre les enjeux épistémologiques et didactiques sous-jacents, revenons à la querelle entre fixistes et transformistes. Pour les fixistes tels que G.Cuvier (1769-1832), R.Owen (1804-1892) et K.E von Baer (1792- 1876), les structures anatomiques et embryologiques communes à tous les taxons sont analysées comme des structures archétypales résultant de contraintes fonctionnelles. Elles ne sont donc pas héritées d'un ancêtre commun. Tandis que, pour les transformistes comme E. Geoffroy Saint-Hilaire (1772- 1844) et E.Haeckel (1834-1919), tenants eux aussi de l'anatomie et de l'embryologie comparées, il s'agit là de structures héritées d'un ancêtre commun. Ainsi, à partir des mêmes données factuelles deux analyses sont possibles, fixiste ou évolutionniste, sans que l'on puisse véritablement trancher en faveur d'un ancêtre commun. L'argument de la comparaison n'est donc pas, à lui seul, efficace pour expliquer une origine commune.

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La DIVERSITE : reflet de l’évolution ?

La diversité apporte-t-elle plus d'arguments en faveur de l'évolution que celle de l'origine de l'unité du vivant ? La « variation » (ou polymorphisme) au sein des populations est ici essentielle, car elle est au cœur de la théorie darwinienne de la descendance avec modification

Si la transmission des variations ou mutations, de génération en génération, produit de la diversité au sein des populations, cela suffit-il à produire de nouvelles espèces ? Pour que l'espèce se transforme et donne naissance à d'autres espèces, il faut d'une part, une sélection des mutations au cours du temps, et d'autre part, une rupture du flux génique entre populations quelle qu'en soient les modalités (spéciation allopatrique, sympatrique, etc.). Si la sélection naturelle explique la diversité intra-spécifique et la spéciation, aux yeux du grand public, elle ne rend pas compte, en soi, de l'héritage de la similitude.

Nécessité d'articuler diversité et unité pour rendre compte de l’évolution

Les mutations sélectionnées, au fil des générations, suffisent à rendre compte de la transformation des espèces comme en témoignent par exemple les travaux de Grant sur les pinsons de Darwin, ou ceux de Carson sur la spéciation des drosophiles d'Hawaï, ou bien encore ceux qui mettent en évidence l'action de la dérive génétique sur une population de petit effectif. La diversité est, par conséquent, le produit de cette différenciation, via la dérive génétique ou la sélection à partir d'une souche commune. Et l'unité est la conséquence de ce qui est hérité de l'ancêtre commun au cours du processus de différenciation. 

Or, la ressemblance ou similitude signifie qu'il y a des points communs, mais aussi des différences.
Ainsi, la ressemblance est la résultante de ces deux composantes que sont la diversité et l'unité. Pour articuler diversité et unité, il faut introduire, ici, le concept d'homologie. Des structures sont homologues si elles sont héritées d'un ancêtre commun. Pour caractériser la similitude homologique, trois critères sont utilisés par les biologistes :

  • la ressemblance, à exclusion de la convergence adaptative ou homoplasie
  • la non-coexistence : un même organisme ne peut posséder à la fois plusieurs caractères homologues (ex : il n'existe pas d'organisme qui possèdent à la fois des bras et des ailes. Attention, le bras et la jambe coexistent chez un même organisme, mais ils n'ont pas la même origine embryologique)
  • le principe d'économie d'hypothèses (ou parcimonie)

En résumé, les similitudes ne prouvent pas d’emblée l'évolution, mais elles la prouvent, rétroactivement, via l'homologie. Ainsi, les ressemblances sont à la fois l'expression d'une origine commune (unité) et celles d'une différenciation des espèces (diversité) à partir d'un ancêtre commun.

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Last modified: Thursday, 26 April 2018, 2:15 PM