Des erreurs de lecture possibles

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Auteur : Alexandre Alié (Doctorant, MNHN)
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Voici un arbre phylogénétique de différents taxons animaux :

Arbre 1

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Les bilatériens sont représentés par plusieurs lignées dans cette topologie d’arbre. Ces lignées partagent un ancêtre commun chez lequel une innovation évolutive est apparue : la symétrie bilatérale.

Devant une telle topologie d’arbre, nos élèves peuvent être tentés de donner plusieurs affirmations qu’ils convient de corriger.

Ainsi, que pensez-vous des affirmations suivantes d'élèves ?

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Affirmation n°1 : « les cnidaires sont à la base de l'arbre » 

Il est vrai que la branche des cnidaires se connecte à la base du buisson des eumétazoaires, mais au même titre que la branche des bilatériens ! Pour s’en convaincre, voici une nouvelle topologie du même arbre phylogénétique sur lequel on développe la branche des cnidaires :

Arbre 2

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A partir de cette topologie, on constate qu’il n’y a pas de branche plus basale qu’une autre. Cnidaires et bilatériens sont bien 2 groupes-frères.

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Affirmation n°2 : « les cnidaires émergent précocement » 

Si on choisit une topologie où les bilatériens sont représentés par une branche unique, on constate que la deuxième affirmation n’est pas valable puisque les bilatériens et les cnidaires partagent ensemble un ancêtre commun qui est plus ancien que celui des cnidaires :

Arbre affirmation 2

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Affirmation n°3 : « les cnidaires sont apparus avant les bilatériens » 

L’élève conserve ici une vision gradiste de l’évolution et fait dire à un arbre ce qu’il de dit pas : un arbre apporte des informations sur « qui est plus proche de qui » et non pas sur « qui descend de qui ». 

Un même temps d’évolution s’est écoulé depuis l’ancêtre commun des eumétazoaires et les groupes actuels de bilatériens et de cnidaires. Bien qu’ils soient représentés par une unique branche, les cnidaires aussi partagent des caractères nouveaux, acquis par leur ancêtre commun, comme par exemple une cellule urticante très perfectionnée que l’on appelle le cnidocyte.

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Conclusion: 

Malgré la représentation buissonnante d’un arbre phylogénétique, il est parfois difficile de s’affranchir d’un vocabulaire emprunt de gradisme.

Ces détails sémantiques n’en sont finalement pas, puisqu’ils véhiculent une représentation mentale erronée que nos élèves ont parfois des arbres phylogénétiques et donc de l’évolution.

Une lecture possible correcte de l’arbre pris en exemple serait donc :
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Affirmation n°4 : « Au sein des eumétazoaires, les cnidaires et les bilatériens sont des groupes frères. Mais cet arbre ne permet pas de dire lequel de ces deux groupes est apparu en premier. »

Last modified: Monday, 23 April 2018, 5:29 PM