Parler d'évolution :

pour aborder la causalité sous-jacente à toute classification

(seulement si on souhaite aller plus loin que ne l’impose le programme)

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Auteur: Guillaume Lecointre (Professeur, MNHN)

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On peut demander à la classe pourquoi les espèces possèdent des attributs en commun. Les réponses sont du type :

  • Parce que Dieu les a faites comme cela (à l’occasion, on pourra définir ce qui est propre aux affirmations scientifiques)
  • Parce qu’ils sont dans un même environnement
  • Parce qu’ils font des bébés
  • Parce qu’ils sont de la même famille
  • Parce qu’ils sont cousins
  • Parce qu’ils viennent du ventre de la même mère, mais cette mère vivait au temps de la préhistoire…

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On peut amener les enfants à se souvenir que le déroulement de l’histoire d’une famille sur de très grandes périodes de temps s’appelle la généalogie. Le mot peut d’ailleurs venir de la classe. Qu’y a-t-il dans une généalogie ?

fl Des ancêtres.

Pourquoi le goura et le boa ont en commun des vertèbres et deux fenêtres temporales, alors qu’ils ne font plus de bébés ensemble ?

fl Parce qu’ils l’ont hérité de leurs ancêtres, et plus précisément d’ancêtres communs.

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Dès que le mot « généalogie » est prononcé, les enfants parlent spontanément d’arbre. Certains enfants disent même que les espèces se transforment. Derrière les ensembles emboîtés, il y a la transformation passée des animaux au cours de leur généalogie.

Une fois que les mots-clés « ancêtres », « cousins », « généalogie », « transformation » ou « évolution », voire « arbre » ont émergé, tout est prêt pour expliquer que ce qu’ils ont en commun (et que d’autres n’ont pas), ils l’ont parce qu’ils l’ont hérité d’ancêtres communs à eux seuls (c’est-à-dire que ce ne sont pas les ancêtres des autres). Par exemple, les vertèbres ont été héritées d’un animal qui a été l’ancêtre du boa, du goura, et de la chauve-souris mais qui n’est pas l’ancêtre de l’escargot, sinon il aurait des vertèbres également.
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De la classification à l’arbre

Des ensembles emboîtés représentent un arbre vu du dessus. Chaque ensemble est à l’extrémité d’une branche. Plus l’ensemble est inclusif et plus la branche correspondante est profonde. Deux ensembles de même niveau hiérarchique sont groupes-frères. Une série d’ensembles, par projection dans la troisième dimension, devient un arbre.

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assigner bdExemple d'arbre phylogénétique © MNHN

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Du point de vue pratique, on peut :
  1. laisser l'enseignant dessiner l'arbre derrière les ensembles
  2. utiliser un mobile 
  3. créer une séance spéciale pour laisser les enfants dessiner l’arbre eux-mêmes. Dans ce cas, une couleur différente par ensemble et sa branche correspondante, aidera à reconstituer visuellement les branches. On pourra proposer à l’élève qui a dessiné le bon arbre de venir l’expliquer, puis vérifier qu’aucune information n’a été perdue des ensembles vers l’arbre.
  4. donner d’emblée l’arbre correspondant aux ensembles dessinés au tableau et laisser les enfants placer eux-mêmes les animaux au bout des branches conformément à ces ensembles. Cet exercice passe nécessairement par la compréhension du rapport qu’il y a entre les branches et les ensembles.

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Assignation : placer une espèce nouvelle dans la classification

On peut proposer de placer un mammouth dans l’arbre final. Il suffit que les enfants vérifient les attributs (arguments) que présente le mammouth et le placent en fonction : il a une tête, des yeux, un squelette à l’intérieur, une queue, quatre membres, des pavillons aux oreilles et des poils. Ce qu’on montre là, c’est que le fossile ne sera pas rangé à un nœud de l’arbre mais au bout d’une branche, comme les animaux actuels.

Une fois replacés les attributs sur les branches de l’arbre, on constate que le goura et la chauve-souris ont appris à voler deux fois indépendamment.

nvelle class

Exemple d'arbre phylogénétique ©MNHN

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Après avoir rangé la chauve souris avec les organismes possédant des vertèbres, il est possible de tracer un arbre qui rend compte de ses liens de parenté avec les autres organismes. Sans ajouter d’arguments, il n’est pas possible de savoir si c’est le Chimpanzé ou la Pipistrelle qui est le plus proche parent du Boa. 

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Précautions

Par cette séquence, on a atteint un certain nombre d’objectifs :

  • On a parlé de classification phylogénétique sans le dire.
  • On a évacué les groupes privatifs anthropocentriques (invertébrés).
  • On a développé une démarche classificatoire qui va de l’observation vers la classification, et non la démarche inverse utilisant les a priori, c’est-à-dire lorsqu’on projette ce qu’on croit savoir sur notre perception du vivant pour conforter une classification mentale souvent rassurante mais fausse du point de vue phylogénétique.
  • On a posé l’idée qu’une classification dit quelque chose sur le monde (transformation au cours de la généalogie), et la métaphore de l’arbre y contribue.
  • On a fourni des résultats compatibles avec ce que la science produit aujourd’hui.

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Last modified: Sunday, 22 April 2018, 7:56 PM