Classer selon des critères

.

.

Auteur : Guillaume Lecointre (Professeur, MNHN)

.
.

On évitera de confondre classer et trier, c’est-à-dire classification et clé de détermination, confusion sous-jacente à la distinction vertébrés-invertébrés. Seule une classification fondée sur ce que les organismes ont a des chances d’être phylogénétique.

Dans un premier temps, on peut laisser émerger les critères de classification, pour finalement aboutir à la consigne de ne classer que sur la base de ce que les animaux ont et non sur ce qu’ils n’ont pas, sur ce qu’ils font, là où ils vivent, ce à quoi ils servent ou encore sur des a priori concernant ce qu’ils sont. On évacuera ainsi les classifications utilitaire, anthropocentrique, environnementale.

Si on laisse émerger les critères de classification, on va obtenir un mélange de critères hétérogènes. Des animaux vont être classés ensemble parce que :

  • ils font la même chose (« ils volent », ou « ils mangent de la viande »)
  • ils vivent au même endroit (« ils habitent à la ferme »)
  • ils sont (a priori) ceci ou cela (« ce sont des insectes »)
  • ils servent à la même chose (« ils se mangent »)
  • ils n’ont pas ceci ou cela (« ils n’ont pas de vertèbres »)
  • Ils ont ceci ou cela (« ils ont des vertèbres »)

.

Si l’objectif est d’obtenir une classification qui a rapport avec l’histoire évolutive des organismes, la consigne devra être, finalement, de ne classer que sur ce que les animaux ont. On peut y parvenir de manière directive, mais aussi par le dessin.

Un ajustement de vocabulaire au niveau des attributs est souvent nécessaire. Voici quelques exemples :

.

Ce qu'on a tendance à dire  Ce qu'il faudrait dire pour être rigoureux
oreilles  pavillons de l'oreille
pattes de tétrapodes membres de tétrapodes
ailes (fonction du vol) ailes membraneuses (plus descriptives)
antennes ou cornes des gastéropodes  tentacules 
écailles 

écailles soudés des sauropsides 

écailles libre des téléostéens 

.

Un complément de documentation est toujours possible, puisque la séance a été préparée. Par exemple, l’homme a une queue, mais elle est « rentrée » dans le bassin, c’est le coccyx. De même, les oiseaux ont une queue, mais celle-ci est « tassée », c’est le pygostyle. Attention, les oiseaux aussi on des écailles soudées, il suffit d’observer leurs tarses.

Pour aller plus vite, toutes ces étapes sont parfois remplacées par un tableau à double entrée, donné à remplir et qui impose les « bons caractères ». Il suffira de mettre une croix là ou l’attribut nommé aura été observé.

matrice
Exemple de tableau à double entrée
.

Puis on fabrique des ensembles argumentés à l’aide des attributs listés ci-dessus.

Spontanément la tendance sera de ne faire que des ensembles disjoints, non inclusifs. Une seconde consigne pourra encourager les jeunes classificateurs à faire surtout des ensembles emboîtés les uns dans les autres. Cela revient à hiérarchiser les arguments : tous ceux qui ont des poils avaient déjà quatre membres, etc. Une manière de démarrer l’emboîtement est de demander aux classificateurs ce que les animaux ont tous. Par exemple, ils ont tous une tête. Sur l’argument de la tête, le groupe le plus inclusif va pouvoir émerger. Les autres groupes seront ainsi nécessairement emboîtés dans le premier.

Dans l’option du tableau à remplir, la colonne où il y a le plus de croix est l’ensemble le plus inclusif. On termine l’exercice en épuisant toutes les colonnes du tableau.

Dans un second temps, tous les arguments de tous les groupes de la classe vont être lus, commentés collectivement et affichés au tableau. On atteint la fin de l’exercice en épuisant la liste des attributs-arguments qui avait été dressée.

On fabrique les emboîtements : 

boites argumentées
Exemple d'emboitements à partir du tableau à double entrée © MNHN

.

Remarque n°1:

Dans une première version de cet échantillon ne figurait qu’un seul oiseau, le goura. Le fait que l’oiseau soit le seul à représenter des plumes ne pose pas de problème particulier. On considèrera qu’il forme un ensemble à lui tout seul. Si cela pose problème, il suffit de rajouter un poulet dans l’échantillon, comme suggéré ici.

.
Remarque n°2 :

Le point fondamental de la séance est d’éviter de classer les animaux sur la base de ce qu’ils n’ont pas. L’expérience montre d’ailleurs que spontanément et même sans consigne particulière, les enfants ne classent pas sur la base de ce que les animaux n’ont pas. Les groupes privatifs sans valeur scientifique comme « invertébrés » ou « agnates » sont des « pollutions culturelles » qui posent un problème plus pour les adultes que pour les enfants. Dans notre exemple, les élèves ne penseraient pas à fabriquer le groupe des « sans poils » !

.

Remarque n°3 :

On n’est pas obligé de faire tous les ensembles possibles de l’échantillon. Pour un nombre donné d’objets à classer, on atteint la classification la plus précise lorsque chaque ensemble est constitué de deux objets ou deux ensembles. Dans ce cas, la classification comportera le maximum d’informations. Mais on peut très bien laisser un ensemble constitué de trois ensembles ou davantage.

.

Remarque n°4 :

Une fois les ensembles constitués, on peut amener une espèce « problématique », par exemple une chauve-souris. Cette espèce est problématique parce qu’elle amène de l’homoplasie, c’est-à-dire de la ressemblance trompeuse. Elle est traitée en assignation. On constate que la classe aura relevé un argument pour placer la chauve-souris avec le chimpanzé, tandis qu’aucun argument ne la place avec le goura. On placera donc la chauve souris avec ceux pour lesquels on peut énoncer le plus d’arguments.
.

Étape suivante : Parler d'évolution flèche

Modifié le: dimanche 22 avril 2018, 19:45