Enjeux généraux pour l'enseignement

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Auteurs : Guillaume Lecointre (Professeur, MNHN) et Sophie Mouge (Enseignante SVT)

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Les enjeux généraux des changements dans les programmes scolaires concernant la classification du vivant dépassent largement le seul besoin de remise à jour des connaissances.

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L’enseignement traditionnel fournissait des listes de taxons à retenir, avec leur contenu et leur définition, sans pour autant faire comprendre ce que c’est que classer. Ainsi, les programmes confondaient classification et clé de détermination. Ils laissaient entendre que les taxons sont là, dans la nature : la sauterelle et le papillon ont six pattes parce que ce sont des hexapodes. La classification enseignée était, de plus, largement obsolète ; et la contrainte généalogique qui date pourtant de 150 ans était passée sous silence. La contrainte phylogénétique inhérente à la classification moderne (depuis plus de 40 ans) n’était même pas prise en compte. Ainsi, la classification traditionnelle et son héritage linnéen continuaient à comporter des groupes artificiels comme les « invertébrés », les « plantes sans fleurs », les « poissons ». Elle compensait son manque de réflexion dans un souci d’exhaustivité pourtant chimérique.

arbre de jouannet

Arbre phylogénétique circulaire © J.F. Dejouannet - MNHN

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Les changements récents dans les programmes scolaires ont des enjeux cognitifs et philosophiques au moins aussi importants que les enjeux biologiques :

  1. il s’agit de savoir ce que c’est que classer, et ne plus confondre classification, assignation et détermination.

  2. on renoue la classification avec l’observation en faisant classer sur la base d’arguments observables : on fait de la classification une activité scientifique. Dès lors, les groupes ne sont plus inscrits dans la nature : c’est nous qui les faisons. La sauterelle et le papillon sont des hexapodes parce qu’ils ont six pattes ( > Comment passer de l'essentialisme au nominalisme ?)

  3. l’exercice fait comprendre que toute classification a un cahier des charges, c’est-à-dire qu’elle traduit une propriété que l’observateur veut faire ressortir. On fait classer sur la base d’attributs observables et partagés par plusieurs espèces.

A partir de la classe de 3ème, la classification parle d’ascendance commune exclusive et il sera dès lors impossible de refaire des invertébrés, des agnathes ou des poissons. En sciences naturelles, aujourd’hui la classification universelle regroupe les organismes sur la base d’attributs observables hérités d’ancêtres communs. La classification se superpose à la phylogénie du vivant (ce qui est rendu explicite en Terminale). Hors des sciences, il peut exister en parallèle d’autres classifications plus locales, non exhaustives, et dont les objectifs sont différents, comme des classifications culinaires par exemple. Pour plus de détails : cf. Toute classification est arbitraire.

En somme, l’enseignement nouveau de la classification s’attache à faire savoir pourquoi et comment on classe, autant qu’à délivrer une remise à jour de la classification biologique. Décider du nombre de taxons à retenir, c’est faire un choix pédagogique.

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Modifié le: dimanche 22 avril 2018, 18:59