La classification parle des origines des êtres vivants

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Auteurs: Guillaume Lecointre (Professeur, MNHN) et Sophie Mouge (Enseignante SVT)
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Le cahier des charges moderne des classifications en sciences naturelles consiste à rendre compte des origines des êtres vivants. On regroupe dans un ensemble des êtres vivants par leur communauté d’origine et on construit ainsi des classifications phylogénétiques.


Notons que ce cahier des charges est déjà très ancien… Les classifications « naturelles » des XVIème, XVIIème et XVIIIème siècles entendaient restituer, dans une pensée créationniste fixiste, un ordre intrinsèque à la Nature qui n’était autre que celui voulu par le créateur à l’origine du monde. Karl von Linné (1707-1778) écrivit lui-même que la systématique était une « science divine » et qu’elle avait pour but, à travers la classification, de rendre intelligible le plan du créateur. Pour plus de détails, voire La classification a son histoire.


Depuis des siècles, le cahier des charges - qui vise à parler des origines - n’a donc pas changé. Par contre, ce sont nos idées sur ce qui est à l’origine des espèces qui ont changé. En 1859, Charles Darwin (1809-1882) fixe explicitement le nouveau cahier des charges des classifications en sciences naturelles : comme les espèces ont évolué dans le passé, elles sont plus ou moins apparentées entre elles. C’est donc l’ascendance commune qui justifie les groupes fabriqués par la systématique, et non pas « quelque plan inconnu de création ». C’est par les attributs possédés en commun par des espèces qui ne se croisent plus aujourd’hui, qu’on a les meilleures chances de détecter l’apparentement.


Il a fallu attendre un siècle après Darwin pour que les scientifiques trouvent les moyens de réaliser son cahier des charges. Entre temps, on a multiplié le cahier des charges de la classification «naturelle». La systématique qui s’est appelée elle-même « éclectique » voulut parler non seulement des liens d’apparentement, mais aussi d’écologie, d’adaptations « majeures », des « grandes transitions », de « complexité croissante ». Ces différentes propriétés se contredisant parfois entre elles quant à leurs résultats classificatoires, et par manque de cahier des charges univoque, ces méthodes ne réussirent qu’à pérenniser une bonne part des vieux cadres linnéens en les rhabillant d’évolution tout au long des deux premiers tiers du vingtième siècle. Ceci explique le retard pris par l’enseignement, et au premier chef les premier et second cycles universitaires…

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Last modified: Sunday, 22 April 2018, 6:35 PM