Toute Classification est arbitraire

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Auteur : Guillaume Lecointre (Professeur, MNHN)

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=> Une bonne classification est celle qui réussit à remplir le cahier des charges qui lui a été fixé

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Dans une cuisine : nous regroupons des objets dans des ensembles conceptuels destinés à rendre compte de la palette gustative : fruits de mer, gibiers, volaille, poissons, fruits, légumes, etc. On ne choisit pas n’importe quel vin avec les aliments de chacun d’entre eux ! Cette classification n’a pas vocation à embrasser tout le vivant, ni à être objective. Sa validité peut en effet n’être que locale.

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A l’intérieur des sciences biologiques aussi, il existe des concepts classificatoires relevant de cahiers des charges différents. Exemples :

  • En écologie : phytoplancton, zooplancton, algues, super prédateurs, fouisseurs, détritivores, consommateurs primaires sont des ensembles qui rendent compte des relations fonctionnelles qu’entretiennent leurs membres avec la biosphère. Cette classification n’embrasse pas tout le vivant (elle n’est pas systématique).
  • En systématique, diatomées, chaetognathes, rhodobiontes, chlorobiontes, falconiformes, phocidés, talpidés, lumbricidés, nématodes, ruminants, périssodactyles, mammifères, oiseaux sont des concepts phylogénétiques. Chaque ensemble contient des membres plus apparentés entre eux qu’il ne le sont avec quoi que ce soit d’autre. Cette classification a pour programme scientifique d’embrasser tout le vivant..

Ces classifications ont, dans leur objectif respectif, une portée universelle : ce sont des classifications scientifiques.

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UNE CLASSIFICATION DOIT-ELLE ETRE PRATIQUE ?

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On reproche parfois aux scientifiques de compliquer la classification, de faire des classifications «non pratiques» ! On exige parfois qu’une classification donnée soit pratique parce qu’on n’a pas compris que c’est elle qui crée les concepts. Pourtant, on n’entend personne dire que le nombre d’objets astronomiques ne rend pas « pratique » la compréhension de l’univers, ni qu’il n’est pas « pratique » d’avoir plus de 120 éléments dans le tableau de Mendeleïev !

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tableau de elements
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Il existe des naturalistes qui préfèrent les « anciennes classifications » parce qu’ils les trouvent « pratiques ». En fait, il ne s’agit pas de véritables classifications, mais d’un double mélange : d’une part de classification et de clé de détermination et d’autre part d’un mélange de multiples cahiers des charges (linnéen typologistes (qui relèvent de concepts d’un autre temps), écologico-adaptatifs (qui relèvent de concepts différents) et phylogénétiques (qui relèvent de concepts modernes que les classificateurs ont décidé de créer)).

Le monde est ce qu’il est ; la science doit en rendre compte rationnellement et ne peut dans son exercice subir les contraintes de l’utilisation des connaissances. En revanche, dans un but pédagogique, on peut toujours simplifier une classification scientifique. 

Toute classification est arbitraire. Ce qui compte, c'est qu'elle réussisse à remplir des charges qui lui a été fixé.

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Last modified: Sunday, 22 April 2018, 6:17 PM