Estimation de la phénotypologie


A. Lemonnier et S. de Reguardati, enseignantes de sciences physiques et chimiques

Utilisation au cours d'une enquête


L’étude des éléments descriptifs et métriques sur le squelette d'un sujet le rattachant à un phénotype cutané se nomme la phénotypologie.
Lors d’une recherche globale d’un individu disparu, ou lorsqu’une reconstruction faciale est utilisée, il est nécessaire de prendre en compte la phénotypologie comme un outil supplémentaire de confirmation de l’identité.
De plus, cette étude doit aussi être prise en compte dans l’estimation des caractères sexes, âges lorsque celle-ci s’appuie sur des données statistiques dans une certaine catégorie de population (donc souvent un certain phénotype).


Cependant, il est important de tenir compte que, malgré le fait que des gens de même origine ethnique aient tendance à partager certaines caractéristiques, la variation biologique humaine est plus grande à l’intérieur des populations qu’entre les populations. Ceci implique un degré non négligeable de chevauchement des caractéristiques entre les différentes phénotypologies.
En savoir plus : Les races ont-elles un sens en biologie ? et La couleur de la peau.


Aussi, le résultat de la détermination de la phénotypologie de la personne décédée n'est pas un élément de détermination de son héritage biologique mais est nécessaire pour un travail de reconstitution facial.
Trois grandes populations sont distingués pour lesquelles les anthropologues légaux retiennent les termes de phénotype cutané :

  • leucoderme [terminologie ancienne caucasien ou caucasoïde] se rapportant aux sujets de phénotype européen,
  • xanthoderme [terminologie ancienne mongoloïde], se rapportant aux sujets de phénotype asiatique,
  • mélanoderme [terminologie ancienne négroïde], se rapportant aux sujets de phénotype africain.


L’épaisseur des tissus mous est un paramètre très important en reconstitution faciale, elle dépend de la forme du relief osseux.
Une zone glabellaire ou des nasaux, plus ou moins saillants, une région sus-sourcilière en relief, auront une influence importante sur les tissus mous et donc sur la morphologie d’un individu à identifier.
L'épaisseur des tissus mous est en moyenne plus grande chez les xanthodermes que chez les leucodermes et les mélanodermes. De plus elle est plus grande chez les femmes que chez les hommes, plus grande chez les enfants que chez les adultes.
On ne pourra dire avec certitude le phénotype strict de la personne, seulement une tendance. Il peut arriver que la personne ait un nez plutôt africain (mélanoderme) et des joues asiatiques (xanthodermes)!!

Éléments de crâniométrie


Les os du crâne

Le crâne humain adulte est constitué de 22 os. À l'exception de la mandibule, tous les os du crâne sont reliés entre eux par des sutures, articulations semi-rigides formées par ossification.


nomenclature des os du crâne

Nomenclature des principaux os du crâne



Points de repère crâniométriques

basion (ba) : point médian antérieur du foramen magnum. Il est situé sous le crâne. Une manière de l'estimer est de tracer la ligne tangente à la base des dents et partant du prosthion, le basion est alors approximativement à l'intersection de cette droite et l'occipitale.

localisation du basion


Euryon (E) : point latéral le plus saillant du pariétal ou parfois du temporal.

Nasion (Na) : point au milieu de la suture naso-frontale.

Nasospinale (Ns) : point virtuel situé au milieu de la tangente aux bords inférieurs de la fausse nasale.

Opisthocrânion (Op) : point le plus saillant sur l'arrière du crâne, le plus souvent sur l'occipitale.

Pogonion (Po) : point le plus saillant de la protubérance mentonnière.

Prosthion (Pr) : Point le plus bas, situé entre les incisives centrales et le rebord alvéolaire osseux.

Ce point n'est plus déterminable après une chute des dents, suivie de résorption alvéolaire.

Prosthion-2 (Pr2) : ce point appelé aussi point alvéolaire supérieur ou point pré-alvéolaire, est situé quelques mm au dessus du vrai prosthion : c'est le point le plus saillant en vue de profil.

Zygion (Zy) : point latéral le plus saillant de l'arcade zygomatique.


repères crâniométriques sur crâne de face repères crâniométriques sur un crâne de profil


Points de repère crâniométriques

dessin © S. de Reguardati


Forme générale du crâne

Il est théoriquement possible, de rattacher un groupe phénotypique à chaque classe des différents indices crâniens, mais attention, il s'agit de résultats issus d'une statistique sur une population et ainsi ne s'avère pas absolu pour un cas en particulier.


Indice crânien horizontal

100 x largeur du crâne / longueur du crâne

où :

  • la largeur du crâne est la distance entre les deux euryons
  • la longueur est la distance entre le nasion et l'opisthoncrânion

Dénomination

Caractéristique physique

Indice crânien horizontal

Phénotypologie

Dolichocrâne

Crâne allongé

en-dessous de 74

Mélanoderme

Mésocrâne

crâne moyen

De 74 à 80

Xanthoderme

brachycrâne

Crâne arrondi

à partir de 81

Leucoderme

Cet indice est très intéressant dans le cas d'identification de restes osseux d'une même famille puisqu’il est héréditaire.


Indice facial supérieur

100 x hauteur supérieure de la face / largeur bizygomatique

· la hauteur supérieure de la face est la d istance entre le nasion et le prosthion

· la largeur bizygomatique la distance entre les deux zygions.

Dénomination

Caractéristique physique

Indice facial supérieur

Phénotypologie

Euryène

Face large

en-dessous de 49

Mélanoderme

Mésène

Face moyenne

De 50 à 55

Xanthoderme

Leptène

Face étroite

à partir de 56

Leucoderme




Le nez

Pont nasal

Le pont nasal, situé entre les orbites et support de lunettes, peut être un élément de détermination phénotypique. On constate qu'en général, les leucodermes ont un pont nasal étroit et pincé, les xanthodermes un pont nasal large et triangulaire et les mélanodermes un pont nasal large et arrondi.


Fosse nasale

Forme générale

D’après (Morel, 1962), chez les leucodermes, l’ouverture des fosses nasales a la forme d’un cœur de carte à jouer, avec à sa partie inférieure une pointe plus ou moins accentuée, séparant les échancrures. Cette pointe disparaît ou s’atténue chez les xanthodermes qui présentent des fosses nasales en forme de poire et à bords arrondis. Les mélanodermes ont souvent un effacement total de l’épine nasale, avec fusion des échancrures nasales en une seule.

Bord inférieur de la fosse nasale

Le bord inférieur est net et tranchant chez les phénotypes leucodermes. Il se subdivise chez les xanthodermes en deux lèvres, avec une petite fossette prénasale interposée. Chez les mélanodermes, le bord inférieur s’estompe et toute démarcation nette disparaît entre le plancher des fosses nasales et le rebord alvéolaire : le bord transversal est alors remplacé par un sillon prénasal, antéropostérieur ; nous donnons parfois le nom impropre de gouttière.


1fosse nasale leucoderme 2fosse nasale xanthoderme 3fosse nasale mélanoderme

Formes de la fosse nasale : 1. leucoderme, 2. xanthoderme, 3. mélanoderme

Dessin © S. de Reguardati


Épine nasale

De profil, la sailli de l'épine nasale est prononcée pour les leucodermes, présente mais peu prononcée pour les xanthodermes et absente le plus souvent pour les mélanodermes.

épine nasale prononcée
épine nasale prononcée

Ouverture nasale

L'ouverture nasale peut être appréciée qualitativement et permet de donner une hypothèse de phénotypologie :

  • leucoderme : Une ouverture nasale étroite.
  • xanthoderme : Une ouverture nasale modérée.
  • mélanoderme : Une ouverture nasale large.

Pour des non initiés, on peut également utiliser l'indice nasal :

100 x largeur du nez / hauteur du nez

  • la largeur du nez est la largeur horizontale maximum de l'orifice nasal (elle peut aller de 23 à 55 mm),
  • la hauteur du nez est la distance entre le nasion et le point nasospinal (les valeurs trouvées se répartissent de 30 à 75 mm) .

Ses valeurs se classent de la manière suivante :

Dénomination

Caractéristique physique

Indice nasal

Phénotypologie

Leptorhinie

nez étroit

en-dessous de 47

Leucoderme

Mésorhinie

nez moyen

De 47,0 à 51,0

Xanthoderme

Platyrhinie

Nez large

à partir de 51,0

Mélanoderme

L'indice nasal ne différencie pas les sujets à nez long et large de ceux à nez petit, étroit et court. Thomson et Dudley Buxton, puis Davies, proposent une conception sur les relations qui existent entre la largeur du nez charnu et le climat. Thomson part de l'idée que le nez comprend deux partie, une supérieure olfactive réduite, une inférieur respiratoire dont le rôle est de réchauffer l'air atmosphérique avant qu'il soit conduit aux poumons grâce à une surface thermo-régulatrice. En effet les mesures montrent une corrélation entre la largeur du nez et des narines et la température moyenne et l'humidité : il s'agit donc d'un élément d'adaptation à l'environnement.

Les Européens des pays nordiques auraient un nez plus long car il permettrait de mieux réchauffer l'air avant son arrivée dans les poumons. Le nez court et épaté des Africains permettrait au contraire de le rafraîchir et de l’humidifier.


Forme des orbites

La forme des orbites est un caractère, peu déterminant, utilisé pour la détermination du sexe. Une fois le sexe déterminé, il peut également informer sur la phénotypologie.

En effet, statistiquement, les leucodermes ont des orbites angulaires, les xanthodermes ont des orbites arrondies et les mélanodermes ont des orbites rectangulaires.


La mandibule

Angle prognathisme supérieur

Pour mesurer cet angle il faut tracer un triangle dit de Rivet entre le nasion, le basion et le prosthion-2. L'angle formé par les droites prosthion - 2/basion et prosthion - 2/nasion est mesuré au rapporteur.

Dénomination

Caractéristique physique

Angle prognathisme supérieur

Phénotypologie

Prognathisme

Mandibule large et courte

en-dessous de 70°

Mélanoderme

Mésognathisme

Mandibule moyenne

De 70° à 73°

Xanthoderme

Orthognatisme

Mandibule étroite et longue

à partir de 73°

Leucoderme


Indice mandibulaire

100 x longueur totale de la mandibule / largeur bicondylienne

  • la longueur totale de la mandibule est la distance entre la projection du pogonion et la projection du point le plus postérieur de la mandibule sur la tangente inférieure de la mandibule.
longueur mandibulaire

Mesure de la longueur de la mandibule

Dessin © S. de Reguardati

  • la largeur bicondylienne est la distance entre les points les plus latéraux de la mandibule inférieure

largeur bicondylienne

Mesure de la largeur bicondylienne

Dessin © S. de Reguardati



Dénomination

Caractéristique physique

Indice mandibulaire

Phénotypologie

Brachygnathe

Mandibule large et courte

en-dessous de 84

Leucoderme


Mésognathe

Mandibule moyenne

De 85 à 90

Dolichognate

Mandibule étroite et longue

à partir de 91

Xanthoderme et mélanoderme


Last modified: Wednesday, 4 February 2015, 12:59 PM