Détermination des pathologies et des traumatismes



A. Lemonnier et S. de Reguardati, enseignantes de sciences physiques et chimiques



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La paléopathologie est l’étude des maladies qui ont affecté les os dans le passé. Elles peuvent être comparées aux dossiers médicaux afin d’aider à l’identification d’une personne. Tous les processus pathologiques et traumatiques (fractures, processus métaboliques, dégénératifs ou infectieux) vont entraîner des modifications de l’activité des cellules du tissu osseux. Ces modifications vont être responsables de lésions osseuses observables sur le squelette.
Lors de ces études sur des restes osseux, il est nécessaire de distinguer la place dans le temps de ces lésions si elles sont antérieures ou postérieures au décès. On distingue ainsi les lésions :

  • Antemortem (pendant la vie); on voit alors les traces de guérison.
  • Perimortem (aux alentours du décès), elles apparaissent fraiches, sans signe de guérison, et ont souvent contribué au décès de la personne.
  • Postmortem (après le décès).

Les principales pathologies sont :

  • Les carences nutritionnelles
Une carence en vitamine C, essentielle dans la production du collagène de l’os entraine le scorbut. Une carence en vitamine D entraîne le rachitisme, une moindre minéralisation des os qui deviennent plus mous et qui peuvent même se déformer sous le poids des individus.


rachitisme
Photo © P.Mennecier / Collections anthropologiques, MNHN-HA-24857

Squelette de rachitique




Les anémies (carences en fer) liées à l’alimentation entraînent un gonflement de l’espace réservé à la moelle dans les os, surtout au niveau de la voûte crânienne.
  • Les maladies infectieuses
Elles peuvent également entrainer une ostéomyélite (inflammation de l’os) Comme toute autre blessure, une fracture que l’on ne soigne pas peut s’infecter. Lorsque la membrane qui recouvre les os s’infecte en raison d’une blessure des tissus mous avoisinants, on appelle la pathologie périostite. Lorsque l’infection se propage jusqu’à l’intérieur de l’os, on l’appelle ostéomyélite.
La tuberculose est une maladie bactérienne connue pour atteindre le système respiratoire, elle peut causer des lésions des os, notamment sur la colonne vertébrale, les côtes et le bassin.
La syphilis, forme des porosités dégénératives sur la surface des os, et dans les cas les plus avancés, une dégradation des os du nez et du menton.
La maladie de Hansen, ou lèpre, attaque en premier lieu les tissus mous qui se nécrosent et peuvent entraîner l’atrophie et la dégénérescence des os avoisinants.

  • Les fractures
Elles constituent ainsi des évènements de la vie qui peuvent aider à l’identification. Les os que l’on fracture guérissent, mais gardent des traces du traumatisme.
Les fractures en cours de guérison montrent des bords arrondis. Celles qui sont complètement guéries forment un «cal osseux», un renflement arrondi de l’os qui indique que les os ont fusionné.




chevauchement
Collections anthropologiques, MNHN

Fracture guérie, avec chevauchement des os soudés

  • Les coups et blessures
Les blessures causées par des coups avec des objets contondants ou tranchants, les blessures par balle, montrent des lésions particulières, étudiées par les anthropologues.
La photo ci-dessous, représente une côte du squelette du Rhinocéros de Louis XV. Ce rhinocéros vécu à la ménagerie de Versailles de 1770 à 1793. Son squelette est exposé dans la galerie d’anatomie comparée du muséum National d’Histoire Naturel de Paris. Une note de Georges Cuvier (1769-1832) signale que blessé, par un révolutionnaire d’un coup de sabre, on le retrouva mort dans son bassin de Versailles le 2 vendémiaire an II (23 septembre 1793). Le renflement autour de la blessure provoqué par le coup de sabre montre que l’animal n’est pas mort immédiatement.


rhinoceros
Photo © A.Lemonnier / Galerie d’anatomie comparée / MNHN

Coup d’épée sur une côte du rhinocéros de Louis XV




sabre
Collections anthropologiques, Coll. Dumoutier ,MNHN

Blessure par coup de sabre. Le sujet a survécu au coup




trou crane
Collections anthropologiques,MNHN-HA-19210

Trépanation ou lésion perforante

Remarque : L’os sec et ancien possède des propriétés biomécaniques différentes de l’os vivant, et par conséquent, il ne montre pas le même type de fracture. Une cassure postmortem peut donc être différentiée d'une blessure périmortem.
  • Les déformations artificielles
Les déformations crâniennes artificielles sont connues dans de nombreuses civilisations depuis l’ancienne Egypte. Il existe de nombreux procédés effectués dès la naissance permettant de déformer un crâne, ils entrainent différentes déformations.
L’aplatissement frontal par une planchette appuyant sur le front ou la pression circulaire d’un bandeau enserrant le crâne entraine l’allongement de la boite crânienne, vers l’arrière ou vers le haut. L'aplatissement de la boite crânienne entraîne un agrandissement du crâne en largeur.
En France, Les premières traces iconographiques de déformations appelées « déformations toulousaines » remontent au XIVème siècle.
(En savoir plus : Delisle Ferdinand. Les déformations artificielles du crâne en France. Carte de leur distribution. In: Bulletins de la Société d'anthropologie de Paris, V° Série, tome 3, 1902. pp. 111-167.)



déformation
Photo© P.Mennecier /Collections anthropologiques, MNHN-HA-30222

Panneau des déformations crâniennes en France, par Delisle



déformation
Collections anthropologiques/ MNHN-HA-6169

Crâne d'un vieillard de Toulouse atteint de la déformation caractéristique




deformation artificielle
Collections anthropologiques,MNHN-HA-5848

Déformation oblique postérieure du crâne d'un péruvien d'Ancon.


(En savoir plus : Déformation intentionnelle du crâne. In: Journal de la Société des Américanistes. Tome 30 n°1, 1938. pp. 1-70.)













Last modified: Wednesday, 4 February 2015, 12:59 PM