Aperçu historique de la crâniométrie


Annabelle Lemonnier et Sophie de Reguardati, enseignantes de Physique-Chimie

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Vésale


Vésale Andreas Vesalius (1514-1564) est un anatomiste, médecin brabançon.
Ses travaux, outre qu’ils ont fait entrer l’anatomie dans la modernité, mettront fin aux dogmes du galénisme (théorie des humeurs) qui bloquaient l’évolution scientifique depuis plus de mille ans aussi bien en Europe que dans le monde islamique.
Il est l’auteur d'un des livres les plus novateurs sur l’anatomie humaine, De humani corporis fabrica (Sur le fonctionnement du corps humain). Il s'agit d'un des plus grands ouvrages scientifiques jamais réalisés et du livre fondateur de l'anatomie moderne. En quelque 663 pages et plus de deux cents planches accompagnées de leur commentaire, il fait la première description complète de l'anatomie du corps humain, décrivant soigneusement les os, les articulations, les muscles, le coeur et les vaisseaux sanguins, le système nerveux, les organes de l'abdomen et du thorax ainsi que le cerveau.
portrait de Vésale
Portrait d'Andreas Vesalius



étude de crânes selon Vésale
étude de crânes par Vesale © gallica



Camper

Camper Peter Camper (1722-1789) fut l'un des plus grands savants du XVIIIe siècle; il était membre de presque toutes les sociétés savantes de l'Europe.
Dans son mémoire sur l'anatomie de l'orang-outan, l'anatomiste fait voir qu'il existe entre l'humain et ce singe des différences anatomiques considérables, notamment la disposition de la colonne vertébrale, et qu'un croisement entre l'humain et le singe, d'où serait sorti le Noir (opinion alors accréditée), était impossible.
Dès sa jeunesse il avait été frappé par les différences de structures physiques qui caractérisent les différentes races et il s'était intéressé à leur représentation graphique. L'ovale du visage ne lui sembla pas apte à déterminer avec certitude les traits de la physionomie : coupant horizontalement des têtes humaines en deux moitiés, il avait observé que ce qui variait était la position des mâchoires, alors que la cavité contenant le cerveau restait relativement constante. Camper s'aida en traçant lui aussi un angle sur le crâne, l'angle facial, formé par les lignes droites qui unissent respectivement la racine du nez avec le trou auriculaire et le sommet des incisives avec l'os frontal. Entre le zéro et les cent degrés de cet angle il vit s'échelonner toutes les formes animales possibles, y compris les formes humaines ; et il n'hésita pas à y lire la mesure d'une échelle de perfectionnements qui culminait, faut-il le dire, dans la statuaire grecque. A partir du cercopithèque (45 degrés d'angle facial), en passant par l'orang-outang, le nègre, le kalmouk et l'Européen, on y arrivait par une progression de bonnes proportions, de symétrie et de beauté.



étude de crâne selon Camper
Illustrations de Dissertation sur les variétés naturelles / P. Camper/1791 © gallica



Blumenbach

Blumenbach Johann Friedrich Blumenbach (1742-1840) paraît être le premier qui, dans les temps modernes, eu le courage de rompre avec la tradition biblique et d'étudier l'homme sans se préoccuper d'idées religieuses et fonda la crâniométrie.


portrait de Blumenbach
Portrait de Blumenbach


Sur la base de sa recherche en crâniométrie (analyse des crânes humains), Blumenbach a divisé l’espèce humaine en cinq catégories:
  • Caucasienne ou catégories blanche
  • Mongol ou catégories jaune
  • Malais ou catégories brune
  • Negroid, ou catégories noire
  • Américain ou catégories rouge.
les cinq races humaines selon l'étude de crânes, selon Blumenbach
Les cinq catégories de crâne selon Blumenbach © gallica


Il tente de faire correspondre l'aspect physique à des catégories raciales. Ainsi,
  • les fronts relativement hauts des Caucasiens ont été tenus pour des expressions physiques convenables d'une mentalité plus élevée et d'un esprit plus généreux.
  • Les plis autour des yeux de Mongoles et de leur couche épidermique externe légèrement citrine ont annoncé leur nature censément astucieuse.
  • La peau foncée et les crânes relativement en pente ont été interprétés comme preuve d'une proximité génétique plus étroite aux singes.
Le travail de Blumenbach a inclus la description de soixante crânes humains et fût édité dans le fascicule As Décennies d'illustratae de gentium de diversarum de craniorum de suae de Collectionis (Göttingen, 1790-1828).


Galton



Galton Francis Galton (1822-1911) est le cousin de Charles Darwin.
Il cherche également un moyen de sélectionner systématiquement et scientifiquement ce qui pourrait s'apparenter à l'élite de l'humanité et fonde un journal consacré à cette étude (Biometrika) utilisant des méthodes mathématiques en anthropométrie. Il est considéré comme le fondateur de l'école biométrique et eugénique britannique.
portrait de Galton
Portrait de Galton



Broca



Paul Pierre Broca (1824-1880) Broca est un pionnier en anthropologie physique.
Il fonde la Société d’Anthropologie de Paris en 1859, la Revue d'anthropologie en 1872 et l'École d'anthropologie de Paris en 1876. Il est le pionnier de la crâniométrie et développe de nouveaux instruments de mesure et de nouveaux indices numériques. Par exemple, on lui doit le stéréographe permettant de dessiner tous les détails du relief.
portrait de Broca
Portrait de Broca


stéréographe de Borca
Stéréographe selon Broca/1868 © gallica

Des mesures effectuées, il émit l'hypothèse suivant laquelle "la petitesse relative du cerveau de la femme [dépendait] à la fois de son infériorité physique et de son infériorité intellectuelle ».

Ses recherches sur l'indice nasal, dont les observations sont encore d'actualité, sont recueillies dans la Revue d'anthropologie.


Quatrefages



La chaire d’anthropologie et d’ethnographie au Muséum national d'histoire naturelle est crée en 1855 pour Jean Louis Armand de Quatrefages de Bréau (1810-1892) connu aussi sous le nom de Armand de Quatrefages.
Il étudie l’œuvre de Charles Darwin et de ses précurseurs français, ainsi que la théorie lamarckienne sur le transformisme et finit par publier en 1887 son Introduction à l’étude des races humaines puis en 1892 un nouvel ouvrage sur le darwinisme intitulé Les Émules de Darwin. Il s’oppose aux théories relatives à l’évolution et crée pour l’être humain un règne séparé. Car plus que l’évolution en tant que telle, c’est son application à l’espèce humaine qu’il combat. Ses théories en ethnologie sont totalement oubliées aujourd’hui.
Ses Crania Ethnica (1875-1882), qu’il signe avec Ernest Hamy portaient sur la forme des crânes des êtres humains.



Gravure de Crania Ethnica
Crâne d'Oroungou du cap Lopez/Crania Ethnica



Topinard


S’il faut considérer Broca comme le véritable fondateur de l’Anthropologie, Il est juste d’attribuer à Topinard (1830-1912) le rôle de propagateur le plus ardent de cette science.
Topinard assista donc aux cours du Muséum d'Histoire naturelle et surtout travailla au Laboratoire de Paul Broca dont il fut un des premiers disciples. Nommé en 1876 professeur à l’École d’Anthropologie que venaient de créer Broca et ses amis, puis en 1877 directeur adjoint du Laboratoire d’Anthropologie à l’École des Hautes Études, il élargit le champ de ses investigations et étudia l’un après l’autre tous les caractères somatiques (taille, angle facial, colonne vertébrale, nez, etc.) qui distinguent les races humaines entre elles ou bien qui différencient l’homme de ses proches parents, les Anthropoïdes, et des autres Mammifères. En même temps, il étudia les différentes méthodes d’anthropométrie et s’occupa de l’histoire de l’Anthropologie en général.
Toutes ces recherches l’ont préparé pour la publication d’un ouvrage magistral : Éléments d’Anthropologie générale (Paris, 1885, 1 vol. in-8° de 1.157 pages), qui, malgré quelques parties vieillies, reste encore aujourd’hui parmi les traités les plus consultés d’anthropologie somatique et jouit d’une considération universelle. La meilleure preuve, c’est qu’il a été traduit en cinq ou six langues.
Il a aussi écrit des articles plus spécifiques en anthropométrie, comme cet article étude sur Pierre camper et l'angle facial dit de camper de la revue d'anthropologie, publiée sous la direction du Dr. Paul Broca (1872-1889).



étude de l'angle de Camper par Topinard

Illustration sur l'étude de l'angle facial dit de camper/Topinard © gallica




Bertillon



Alphonse Bertillon (1853-1914) tient une place essentielle dans l’histoire des savoirs sur le crime durant la période comprise entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle.
Alors chef de service photographique de la préfecture de police, il découvre qu'en prenant 14 mensurations (taille, pieds, main, nez, oreilles, etc.) sur n'importe quel individu, il y a seulement 1 chance sur 286 millions pour qu'on retrouve les mêmes chez une autre personne. Aussi, il applique un système de classement des fiches de police suivant les mesures prises sur les individus arrêtés.
portrait de Bertillon
Portrait de Bertillon


Concrètement, ce système s’appuie sur une répartition des fiches individuelles suivant une série d’une dizaine de mesures du corps successivement divisées en trois parties (petit, moyen et grand) : les fiches sont d’abord divisées en trois parties selon la taille, chacune de ces trois parties est ensuite divisée selon l’envergure des bras, puis selon la taille du buste, la longueur de la tête, etc. La première reconnaissance anthropométrique d'un récidiviste le 16 février 1883 a conduit à l'adoption de ce système anthropométrique qui perdurera en France jusqu'en 1970.
voir l'exposition en ligne.

Relevé anthropométrique de Bertillon
Planche de mesures anthropométriques par Bertillon © gallica


La méthodologie des mesures publiée dans le traité Identification anthropométrique (1893).





… Aujourd'hui, au Muséum



De nos jour, de nouveaux outils telle que les méthodes d’imagerie 3D (surfaciques et tomographiques) sont utilisées par les anthropologues.
L’acquisition par le Muséum le 12 septembre 2011 d’un matériel de pointe, le scanner 3D haute performance, permet aux chercheurs d'explorer toutes sortes d'échantillons de minéraux ou d'organismes vivants en révélant de nombreux détails externes mais aussi internes, sans dommage des spécimens parfois rares et fragiles. Les images numérisées permettent ainsi aux chercheurs de communiquer au niveau international.



crâne de Décartes
Crâne de Descartes/ Collections anthropologiques, © MNHN-HA-19220.





descartes numérisé
Crâne de Descartes numérisé/ MNHN











Last modified: Wednesday, 4 February 2015, 12:59 PM