Les différentes pratiques d’ INTERPOL



A. Lemonnier et S. de Reguardati, enseignantes de sciences physiques et chimiques

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INTERPOL est l’organisation internationale de police la plus importante au monde, avec 190 pays membres. Son rôle est de permettre aux polices du monde entier de travailler ensemble.

L'anthropologie légale applique les techniques scientifiques développées en anthropologie physique pour identifier les restes humains non identifiés, elle aide les enquêteurs pour découvrir l'identité des victimes.

Cette discipline fait appel à des spécialistes, dans divers domaines scientifiques, ils vont mettre en œuvre différentes méthodes (comparatives ou reconstructives) afin d’identifier ces restes (humain, non humain, quels os…), déterminer l’âge et le sexe, détecter la présence de pathologies et estimer la date du décès et parfois, les causes de la mort. Ils peuvent également réaliser une reconstruction faciale, en recréant un visage à partir du squelette pour les aider à identifier le défunt.




Relevage du corps et recueil des indices matériels


Identification reconstructive



Relevage du corps et recueil des indices matériels


Le relevage des corps et des fragments et la préservation des indices matériels et des effets personnels retrouvés sur le lieu de découverte du corps constituent les premières étapes du processus d’identification des) victimes. Aussi, sur le terrain, un grand nombre d’équipes différentes interviennent selon leur spécialité : médecine légale, dentiste, indices matériels etc…. La procédure (non exhaustive) est la suivante :
* Repérage de tous les corps, des fragments de corps et objets retrouvés
* Marquage avec une plaque d’identification ou un piquet de chaque indice
* Attribution d’un numéro unique pour chaque indice
* Réalisation d’une photographie
* Consignation par écrit de l’endroit de la découverte (description, coordonnées GPS) et de la position de chaque indice.
La procédure à suivre est très stricte, que ce soit au relevage jusqu'à l'envoi des preuves aux laboratoires.


Dans la proposition d’activité suivante, Identification des os du squelette humain, Les élèves apprennent à identifier les principaux os du corps humain. A partir d’une photo représentant des ossements retrouvés, l’élève colorie sur le fichier INTERPOL les parties du squelette présentes chez l’individu et nomme les os retrouvés.
Il vérifie également si les restes correspondent à un seul individu ou plusieurs.





squelette activité
Photo ©S. de Reguardati/collections anthropologiques /MNHN

ficheinterpole
Fiche E3 INTERPOL 2




Remarque : Les anthropologues du Muséum utilisent également ce type de fiche pour l'inventaire des collections.



Identification comparative


Lorsque des os sont découverts, une première recherche d’identification consiste à utiliser les données existantes de personnes disparues enregistrées sur les fichiers INTERPOL. Ces fichiers sont de différentes natures selon les méthodes d’identification utilisées. Les méthodes les plus éprouvées sont l’analyse des empreintes digitales, l’analyse comparée des données dentaires et l’analyse ADN. Les méthodes anthropologiques de descriptions physiques sont également complémentaires.



Analyse de l'ADN

Une partie importante de l’information génétique contenue dans une cellule est unique à chaque individu. La comparaison de profils génétiques peut se faire à partir de prélèvements sur des membres de la famille, des échantillons provenant de la personne en question ou des effets personnels de celle-ci. Elle est cependant coûteuse et se heurte aux problèmes de la préservation plus ou moins importante, et aux problèmes de contaminations des échantillons. Deux types d'ADN peuvent être analysés : l'ADN nucléaire et l'ADN mitochondrial. L'ADN nucléaire, c'est à dire constitutif des chromosomes spécifiques de l'individu, est contenu dans le noyau de toutes les cellules (bulbes pileux, tissus osseux, globules blancs du sang, cellules épithéliales présentes dans la salive...) . Cependant il se dégrade avec le temps post-mortem et dans le cas de découverte d'un cadavre carbonisé ou à l'état de squelette il devient inaccessible. Seules les dents sont des éléments constitutifs extrêmement résistants qui protègent les cellules pulpaires par une couche de dentine et d'émail. En tout état de cause, lorsque l'échantillon à analyser est trop mince (peu de cellules) ou lorsque l'ADN nucléaire est trop dégradé, l'analyse se porte sur l'ADN mitochondrial qui, lui, est plus résistant au temps et en quantité plus nombreuse au sein d'une seule cellule. Celui-ci n'est pas déterminant à partir du moment où des enfants partage ce même ADN avec leur mère, mais permet d'exclure une hypothèse en cas de non concordance.
En savoir plus: voir le dossier
sur l'ADN



Odontologie légale

dent_crane




Les dents constituent le matériau le plus dur et le plus résistant du corps humain. Ce sont de plus les éléments qui résistent le mieux au temps, aux atteintes physico-chimiques et à la décomposition.

L’odontostomatologie médico-légale est la branche de la médecine dentaire dont les objectifs sont l’identification de personnes décédées. Elle permet d’avoir recourt à des dossiers réalisés antérieurement par les dentistes. La structure et les caractéristiques des dents et des mâchoires humaines sont uniques. Les données dentaires enregistrées lors de l’examen peuvent être comparées aux données et/ou radio détenues par les dentistes.
Photo © S. de Reguardati / galerie d’anatomie comparée/MNHN


L'identification est encore plus déterminante lorsque les dents ont subi des traitements (couronnes, obturations, appareil dentaire…) car ces traitements sont personnalisés et propres à chaque individu.
Le fichier INTERPOL de l’odontogramme est donc essentiel en vue d’une identification.




Dans la Proposition d’activité suivante, réalisation d’un odontogramme, les élèves remplissent un fichier INTERPOL à partir de radiologies panoramiques dentaires.



radiographie
Radiographie panoramique
odontogramme
Fiche F2 INTERPOL




En outre, l’âge d’un individu peut également être déterminé par l’odontologie. Les étapes de formation et éruptions dentaires peuvent être utilisées pour estimer l’âge d’un individu juvénile. L’usure dentaire constitue également des données informatives pour un individu adulte. (en savoir plus :dans l'article estimation de l’âge )



Les origines de l’identification odontologique

« Les origines de l’identification odontologique remontent à l’empire romain. Un récit de l’historien gréco-romain Dion Cassius rapporte qu’en l’an 49 après Jésus-Christ,Agrippine, mère du jeune Néron somma ses gardes d’exécuter Lollia déjà exilée et de lui ramener sa tête. Ayant reçu la tête tranchée, Agrippine en écarta les lèvres afin d’identifier la victime par certaines de ses particularités dentaires »
Introduction à l’odontostomatologie médico-légale, MICHEL PERRIER, Rev Mens Suisse Odontostomatol, vol. 108: 3/1998








Le Bazar de la Charité était un événement
de charité annuel organisé par l'aristocratie
française catholique de Paris à partir de
1885 .Il s'agissait d'une organisation
caritative dont l'objet était d'assurer la vente
d'objets, lingeries et colifichets divers, au
profit des plus démunis. Installé à Paris, cet
évènement disparut après un incendie
tristement célèbre le 4 mai 1897, lequel fit
129 victimes, dont la plupart étaient des
femmes issues de la haute société parisienne.
La duchesse d’Alençon née
Sophie Charlotte de Bavière, sœur de la
fameuse impératrice Sissi, figure parmi les
victimes. Nul ne sait si elle mourut asphyxiée
ou brûlée vive. Son corps, méconnaissable,
sera finalement authentifié par son dentiste
qui, seul, pourra reconnaître ses dents
immaculées et son bridge en or.




bazar


Oscar Amoëdo, chirurgien dentiste d’origine cubaine formé aux USA, est considéré comme le père de l’odontostomatologie médico-légale. Il quitte Cuba pour Paris en 1889, où il devient enseignant en médecine dentaire. L'identification des restes carbonisés par l'utilisation des dossiers dentaires en 1897, dans l’incendie du «Bazar de la Charité» encourage Amoëdo à publier le premier ouvrage moderne traitant d’odontostomatologie médico-légale, «L’art dentaire en médecine légale».




Identification reconstructive

Lorsque la présomption de l’identité de la victime n’est pas possible et lorsqu’on ne dispose pas de données comparatives, les recherches consistent à donner une description physique de l’individu : l’âge, le sexe et le phénotype ou l’origine géographique. Cet aspect se trouve détaillé dans la partie : Faire parler un crâne et les os.
Last modified: Wednesday, 4 February 2015, 12:59 PM