Nature et histoire des collections du MNHN


Par Michel Tranier,
Directeur des collections du MNHN de 1999 à 2004
Professeur de mammalogie


Avant de brosser un tableau succinct des collections naturalistes du Muséum national d’Histoire naturelle et de leur histoire, il est bon d’avoir en tête l’étendue, et finalement les dimensions hors norme (dans sa spécialité) de cet établissement ; le MNHN, c’est environ 70 millions de spécimens ou d’objets, c’est aussi 14 sites en France totalisant une superficie approximative de 10 km2 (1 000 ha !), c’est encore environ 1800 employés, dont 450 chercheurs et enseignants-chercheurs.


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Nature des collections

Les collections du Muséum couvrent tout le champ de l’Histoire naturelle, cette dernière entendue au sens le plus large, et comportent aussi bien des êtres vivants que des objets inertes.


* Les collections vivantes

Elles sont constituées des animaux des parcs zoologiques (4 parcs zoologiques réunissant des centaines d’espèces et 4500 individus), des plantes des jardins botaniques (6 jardins botaniques réunissant 15 000 espèces ou cultivars, et 250 000 pieds), des cultures de souches diverses (Protozoaires, micro-algues, champignons, cellules animales et végétales), et enfin des organes et cellules cryo-conservés (cellules d’animaux, spermes, cellules de végétaux, pollens, graines ).

Collections végétales
Vue des collections végétales de la serre de l'histoire des plantes du MNHN
© B. Jay, MNHN
Panda roux
Panda présent à la ménagerie du Jardin des Plantes du MNHN
© F. Grandin, MNHN

Il est à noter que ce secteur du « vivant » comporte aussi bien des espèces sauvages captives ou transplantées que des formes domestiquées (races domestiques de certains animaux, variétés et cultivars de certains végétaux ; pour les uns comme pour les autres, les formes sauvages dominent en nombre).


* Les collections mortes

Plutôt que de parler de collections « mortes », mot de connotation fâcheuse, on peut parler aussi de collections « inertes », ce qui n’est pas forcément plus attrayant…
Ces collections mortes couvrent toute la Zoologie « macroscopique » (mais pratiquement pas les Protistes), et toute la Botanique « macroscopique » (mais pratiquement pas les unicellulaires et les filamenteux) ; il n’y a pas au MNHN de collections de bactériologie, ce qu’on peut déplorer, au moins dans le principe.


Singes naturalisés
Singes naturalisés et rangés dans des compactus de la zoothèque du Muséum de Paris
© MNHN - Service audiovisuel

Cahier de botanique
Cahier de botanique de Louis Conet (1891-1892)
© P. Lafaite, MNHN

Un survol rapide de ces collections montre de la Zoologie (45 millions d’"Invertébrés", 1 300 000 Vertébrés ), de la Botanique (2 500 000 de parts d’herbier de Cryptogames, 8 000 000 de parts d’herbier de Phanérogames ), de la Paléontologie (10 millions de lames de microfossiles et de spécimens, dont 2 000 000 de lots d’Invertébrés, 450 000 Vertébrés), de la Géologie (1 000 000 d’échantillons de roches, 1 000 000 d’échantillons de carottes), de la Minéralogie (213 000 minéraux, des milliers de pierres fines et travaillées, 40 000 roches, 2 500 météorites), de l’Anthropologie (26 000 pièces anatomiques ou squelettes ), de la Préhistoire (2 200 000 de pièces, dont 15 000 vestiges humains, 150 000 objets façonnés, 120 000 vestiges animaux, 3 000 lames microscopiques, 1 500 0000 objets de l’Abri Pataud), de l’Ethnologie (300 000 objets ethnographiques maintenant partis au musée du quai Branly, 100 000 items ethnobiologiques).


Histoire des collections

Au cours de leurs presque 5 siècles d’histoire, les collections - royales, puis républicaines, puis impériales plusieurs fois de suite et maintenant tout simplement nationales- ont connu bien des changements : la nature de ces collections a varié, les modes d’acquisition ont en revanche peu changé, alors que la gestion de ce patrimoine a au contraire beaucoup évolué.

La notion même de collection d’Histoire naturelle s’enracine dans celle des cabinets d’art et de curiosités des princes de la Renaissance ; ces derniers, plus ouverts au monde que leurs prédécesseurs médiévaux, constituent çà et là des collections d’œuvres d’art, de ce qu’on appelait alors des «antiques», de beaux objets, de plantes et d’animaux extraordinaires, voire de monstres ou de merveilles fabriqués de toute pièce. De leur côté, les médecins et les apothicaires les plus en vue constituent des collections de minéraux, de plantes et d’animaux à visée thérapeutique. Parallèlement, les premiers jardins de « simples » et de variétés florales voient le jour, souvent près des facultés de médecine.

Entre le XVIème siècle et le XVIIIème siècle, ces ensembles de merveilles et de curiosités vont se multiplier, s’interpénétrer, s’échanger, grossir, et passer peu à peu du bric-à-brac pittoresque à des collections ordonnées par l’esprit scientifique ; cette rationalité à prétention objective et universaliste va peu à peu éluder l’empirisme et le merveilleux dans les collections. Une même évolution va toucher les jardins médicinaux et pharmaceutiques, qui se transformeront peu à peu en jardins botaniques.

Aussi étrange que cela paraisse aujourd’hui, les collections du MNHN ont débuté justement sous un aspect médical et pharmaceutique, comme presque tous les plus vieux musées d’Histoire naturelle. Leur longue histoire, qui est aussi celle de l'établissement, les a amenées de la médecine à l’Histoire naturelle la plus vaste.

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Modifié le: mercredi 4 février 2015, 12:59