Nourrir 9 milliards de personnes en 2050
Quelques pistes pour l'avenir

Par Samuel Rebulard
Professeur agrégé et ingénieur agronome, Préparation à l'agrégation SV-STU, Université Paris Sud 11 Orsay



Avec l'augmentation de la population mondiale, la production alimentaire devra augmenter de 30 à 100 % d'ici 2050. Cette augmentation passera principalement par une intensification de l'agriculture, (voir l'article Nourrir 9 milliards de personnes en 2050 - quelques éléments du problème du même auteur).
Une agriculture à la fois intensive et écologique est-elle envisageable et pourra-t-elle nourrir l'humanité ?

La destruction des environnements naturels et agricoles, la dépendance aux fournisseurs, la disponibilité des intrants, les coûts d'équipement, le plafonnement des rendements, l'épuisement de certaines ressources (sol, eau, phosphates...) sont autant de facteurs qui font de l'agriculture intensive conventionnelle un assez mauvais candidat pour l'augmentation de la production alimentaire à venir. En particulier pour les pays en voie de développement qui seront les principaux moteurs de cette augmentation.

Plan


1. Une agriculture, des agricultures


Couverture du sol La couverture du sol par les résidus des cultures précédentes, évite l'érosion, favorise la vie du sol et limite le développement des adventices.
Source : http://www.photo-libre.fr
A partir des années 1970, sont répandus des termes nouveaux pour définir des modes de productions agricoles plus ou moins alternatifs. Toutes ces agricultures ont officiellement comme but de limiter les impacts environnementaux tout en préservant la rentabilité économique des exploitations.

L'agriculture raisonnée, tout d'abord, elle fait l'objet en France d'un référentiel, publié au Journal Officiel en 2001. Elle utilise les mêmes moyens de productions que l'agriculture intensive conventionnelle, en revanche elle recommande par exemple une application pondérée et pertinente des phytosanitaires (symptômes effectivement constatés, suivi des bulletins techniques, respect des doses prescrites...), ou un épandage des engrais respectant les dates d'apports et les doses maximales autorisées. Les doses d'intrants utilisés peuvent notamment être réduites en utilisant des technologies de pointe (capteurs sur l’outillage, imagerie satellitaire, détection des maladies par des drones, capteurs d’humidité dans le sol, etc.) regroupées sous le terme d'agriculture de précision. Comme toute agriculture en France, elle doit limiter les effets des épandages sur les milieux naturels notamment par la création de bandes enherbées.

L'agriculture intégrée (reposant principalement sur la protection intégrée des cultures) va en revanche aller plus loin et promouvoir chaque fois que c'est possible l'abandon des intrants chimiques, en remplaçant par exemple les insecticides par de la lutte biologique, ou les engrais chimiques par des engrais organiques (compost...). Elle va également valoriser les mécanismes de régulation écologiques naturels : développement de la faune du sol, mosaïque de milieux naturels et agricoles limitant les effets des intrants.

L'agriculture biologique est définie selon un règlement européen (n°834/2007). Initialement, elle bannit l'utilisation de tout intrant chimique (pesticides ou engrais) et d'OGM et impose des élevages partiellement en plein air. Si les cahiers des charges ont progressivement été moins exigeants, on peut y noter néanmoins une préoccupation explicite pour certains aspects écologiques sans toutefois que cela soit très contraignant : maintien de la fertilité des sols, limitation de l'érosion, recyclage des déchets organiques, utilisation de ressources renouvelables...

L'agriculture de conservation, enfin
, repose dans son acceptation européenne sur la mise en œuvre simultanée de trois principes à l'échelle de la parcelle: le travail minimal du sol (voire une absence de travail) ; l’utilisation de rotations culturales et une couverture permanente du sol.

Ces différentes agricultures peuvent être à l'origine d'une baisse des rendements qui est compensée par des coûts moindres et/ou des prix de vente plus élevés (notamment en agriculture biologique).

Si les pays développés peuvent se permettre de petites baisses de rendement, pour les pays en voie de développement, l'objectif est inverse. Il est donc indispensable que ces méthodes alternatives respectueuses de l'environnement soient aussi des méthodes de production permettant de garantir des rendements suffisants. C’est l’ambition de l’agroécologie, dont les pratiques peu coûteuses sont souvent beaucoup plus productives que les pratiques traditionnelles des petites structures agricoles.


2. Les principes de l'agroécologie


Apparu dès les années 1930, le terme d’agroécologie recouvre différentes définitions selon les auteurs et les époques. Si dans certaines de ces définitions récentes l’agroécologie s’applique bien au-delà du champ de l’agriculture et englobe la totalité des systèmes alimentaires (c’est-à-dire tous les éléments qui contribuent à l’alimentation), en première approche nous considérerons l'agroécologie comme un ensemble de pratiques ayant l'ambition de produire beaucoup tout en étant écologiquement viable.

Il s'agit pour cela de passer d’une agriculture basée sur une imitation de l’industrie (utilisation importante de technologies) à une imitation de la nature. Ce qui implique de s’appuyer et d’amplifier autant que possible des services, dits écologiques. On améliore ainsi la durabilité des agrosystèmes, gérés comme des écosystèmes agricoles caractérisés par leur biodiversité, leurs interactions, leurs flux de matière et d'énergie.
Parmi les services écologiques directement utiles pour l’agriculture que l’on peut attendre d’une gestion agroécologique, on peut citer :

- tous les services assurés par des organismes sauvages : pollinisateurs, prédateurs des organismes ravageurs (insectes consommateurs de pucerons, oiseaux insectivores, rapaces), décomposeurs. Ces organismes peuvent être attirés à proximité ou au sein des agrosystèmes en leur offrant « gîte et couvert » (ce qui exige une connaissance de leurs besoins);

- services obtenus par l’association (dans le temps ou l’espace) de variétés ou d’espèces cultivées : utilisation complémentaire des nutriments du sol, création de conditions défavorables à un pathogène ou un ravageur, compétition (pour la lumière, pour les nutriments) avec les plantes indésirables (adventices), etc.

- mise à disposition des nutriments pour les plantes : nourrir par un apport de matière organique (et en réduisant le travail du sol) la faune et la flore du sol qui contribuent à la fertilité de ce dernier : lombrics, champignons mycorhiziens, etc. ; avoir recours à la culture de légumineuses pour enrichir les sols en azote et réduire le recours à des engrais externes

- amélioration de la gestion de l’eau dans le champ : couvrir les sols pour éviter l’évaporation, éviter les sols nus pour éviter l’érosion, planter des plantes permanentes (arbres par exemple) pour faire obstacle au ruissellement et favoriser l’infiltration ;

Services rendus par les écosystèmes

Liste de services rendus par la nature qui peuvent être renforcés dans les agrosystèmes
Tibi et al., 2017

Selon plusieurs rapports des organisations de l'ONU (FAO, PNUE, Conseil des droits de l'Homme...), le développement des pratiques agroécologiques remplit les trois objectifs principaux que recherche toute agriculture moderne : accroître la sécurité alimentaire, améliorer les revenus dans les zones rurales et préserver les ressources génétiques et environnementales. Ce dernier point est indispensable pour assurer durablement la santé des personnes et la capacité de production des agrosystèmes.

Concrètement, on retrouve l’agroécologie englobe beaucoup de pratiques courantes en agriculture biologique, dans la protection intégrée des cultures, l’agriculture de conservation ou en permaculture : rotation des cultures, association des espèces, utilisation d’éléments semi-naturels (haies, bordures fleuries), couverture des sols. Les piliers de l'agroécologie sont l'utilisation et la préservation des ressources en nutriments et en eau d'origine locale, la diversification des espèces dans le temps et l'espace, la gestion des interactions entre espèces (sauvages et/ou cultivées), la prise en compte de la productivité globale de l'agroécosystème et non pas de chaque espèce individuellement.

2.1 Préserver les ressources agricoles pour garantir leur pérennité

La question des flux de matières et énergie et la préservation des deux ressources agricoles principales que sont les sols et l'eau sont centrales dans la réflexion agroécologique.

Le travail réduit du sol (pas de labour, travail superficiel du sol voire pas de travail du tout) permet à ce dernier de se restructurer, et à la faune et la flore du sol de s'y développer. Le travail d'aération, d'homogénéisation et de mise à disposition des nutriments est alors réalisé notamment par les lombrics. Des prédateurs généralistes comme les araignées et les carabes limitent la prolifération des insectes ravageurs. En revanche, l'absence de labour peut être à l'origine du développement des adventices. L'agriculteur peut limiter leur développement en laissant en permanence une couverture végétale sur le sol, par exemple des résidus végétaux restant d'anciennes cultures qui forment ainsi une litière. Le semis de la prochaine culture peut alors s'effectuer sous cette litière dans une pratique appelée « semis sous couvert », utilisables en grande culture (céréales par exemple) avec des semoirs spéciaux.

La couverture du sol va également limiter son érosion, garder l'humidité du sol et favoriser l'infiltration locale de l'eau de pluie.

En Afrique, de nombreux arbres légumineux (acacia et arbres apparentés) améliore la rentabilité des parcelles de fruits et légumes et céréales. C’est le cas par exemple de l’acacia Faidherbia albida, qui a l'avantage de ne pas faire d'ombre aux cultures car il perd ses feuilles quand les cultures sont en place, à la saison des pluies. Comme tous les arbres son système racinaire va pouvoir aller chercher des éléments minéraux plus profondément que les plantes cultivées. Par ailleurs, comme toutes les plantes de la grande famille des légumineuses il fixe l'azote de l'air (78% de l'atmosphère) pour faire sa propre biomasse. Lorsqu'il perd ses feuilles celles-ci contiennent les éléments minéraux prélevés et vont ainsi servir d'engrais organique.

Cette utilisation importante des plantes de la famille des légumineuses (fève, pois, haricot, soja, trèfle, luzerne, etc.), soit associées à d’autres cultures, soit dans la rotation des cultures permet d’augmenter le flux naturel d’azote de l’atmosphère vers le sol. Ces plantes qui jouent ici un rôle d’engrais vert, limitent le recours à d’autres sources d’azote, élément toujours limitant de la croissance des plantes.

Une autre source naturelle d'engrais organique tient à la complémentarité historique entre élevage et culture. Dans les pays en voie de développement, on encourage l’intégration du bétail dans les systèmes de production agricole (au contraire de la régionalisation et de la spécialisation qui a eu lieu en France au cours du XXe siècle). Les animaux peuvent rendre un service de transport (zébu par exemple). En plus d'apporter un complément nutritionnel en protéine (viande, lait, œufs) pour les consommateurs locaux, les déjections des animaux d’élevage servent comme engrais organiques. Les faibles coûts de transport et de production rendent cet engrais plus intéressant que les engrais chimiques. Il contribue lui aussi à améliorer la vie dans le sol, contrairement aux engrais chimiques.

L'eau, dans les milieux désertiques, est la clé de la production alimentaire. Elle provient souvent de puits creusés dans des nappes phréatiques qui se renouvellent plus ou moins rarement. Ainsi en Tunisie, l'usage traditionnel de l'irrigation dans les oasis se fait dans des canaux à ciel ouvert ou des conduites en terre cuite qui laisse évaporer une partie importante de l'eau. Un programme récent a favorisé l'installation de conduites étanches et d'irrigation localisée (goutte à goutte). Les pertes ont ainsi diminuée de 30%. Les économies réalisées ont encouragé les agriculteurs à diversifier et à augmenter leur production (surface cultivée en légume multipliée par 8 et surface cultivée pour le fourrage multipliée par 4).

2.2 Diversifier les espèces et leurs interactions


Agroforesterie Agroforesterie : cultures d'orges sous peupliers - Programme INRA/SAFE
© C. Dupraz

L’un des dogmes de l’agriculture conventionnelle consiste à spécialiser et à homogénéiser les structures agricoles à toutes les échelles (d’une année sur l’autre, d’une exploitation à l’autre, d’une parcelle à l’autre). Cette homogénéité permet de mécaniser et de traiter l’ensemble des surfaces de façon homogène permettant ainsi d’importants gains de productivité (notamment par la mécanisation).


Cette homogénéité est aussi l’un des talons d’Achille de l’agriculture actuelle : elle n’offre aucune barrière à un bioagresseur (parasite, ravageurs, adventices) qui y serait adapté, elle ne permet pas de bénéficier des complémentarités que procure des variétés (d’une même espèce) ou des espèces différentes associées dans la même parcelle.

En agroécologie, l'augmentation de la biodiversité locale est au contraire une clé de la productivité. Cette augmentation passe par de nombreuses voies : associer des espèces cultivées, créer des contacts nombreux entre les zones cultivées et les zones naturelles, favoriser la vie dans le sol et la présence des auxiliaires...

La succession de cultures années après années sur une même parcelle dans le temps s'appelle la rotation des cultures, c'est une ancienne pratique agricole qui peut présenter de nombreux avantages. Notamment, l'alternance des espèces sur le même lieu empêche l'installation durable des ravageurs et maladies spécialisées. Par ailleurs, les espèces cultivées n'utilisent pas les mêmes éléments minéraux du sol, elles sont donc complémentaires. Si des plantes fixant l'azote atmosphérique sont introduites dans la rotation, elles vont augmenter la fertilité des sols en se décomposant. D’autres, comme celle, vont aider par des réseaux de racines profondes à décompacter le sol. Le sarrasin lui en couvrant le sol très rapidement est qualifié d’espèce nettoyante car il limite le développement des adventices qu’il prive de lumière. Enfin, l'existence de plantes d'interculture (semée à l'automne par exemple) permet de capter les restes d'engrais de la culture précédente avant qu'ils ne soient entraînés vers les nappes phréatiques par les pluies d'hiver. Elles permettent également de limiter l'érosion des sols en gardant le sol couvert de végétaux pendant l'hiver.

L'association de cultures sur une même parcelle la même année peut prendre différentes formes. Dans les prairies, les agriculteurs constatent qu'un mélange d'espèces est souvent plus productif et qu'ensemble les espèces résistent mieux aux stress (comme le manque d'eau). Ceci s'explique par une compétition accrue entre les plantes, entraînant un développement plus important des systèmes racinaires, ce qui permet une plus grande exploration du sol.

Dans la province du Yunnan en Chine, en utilisant des mélanges de variétés de riz vulnérables aux maladies avec des variétés résistantes, les rendements ont augmenté de 89 %, la pyriculariose du riz, une maladie provoquée par un champignon, a diminué de 94 % et les agriculteurs ont pu abandonner les pulvérisations de fongicides.

L'agroforesterie est un cas particulier de l'association des espèces, l’une des espèces au moins étant une espèce d’arbre. Sur une même parcelle, l'alternance de rangs d'arbres et de céréales permet une compétition entre les plantes renforçant leur développement. Les arbres puisent des éléments minéraux en profondeur, qui entrent dans la composition des feuilles mortes. Celles-ci tombent à la surface du sol, servant ainsi d'engrais. L’arbre joue ici un rôle de pompe à minéraux.
La présence des arbres évite là aussi l'érosion des sols en limitant le ruissellement et maintient une humidité locale. Enfin, ils contribuent au stockage du carbone (sous forme de matière organique dans le sol), jouant un rôle potentiellement important dans l’atténuation du changement climatique.

En moyenne sur 20 ans, dans une association peuplier – blé, le rendement total (arbres + céréales) est supérieur de 30%, à des cultures sur deux parcelles séparées. En zone tropicale (Indonésie, Gabon...) les forêts jardinées sont une méthode de production alimentaire traditionnelle, avec jusqu’à 300 espèces d’arbres et de plantes en mélange fournissant une grande diversité de produits (jacquier, café, papayer, goyavier, arbre à pain...) générant des productivités à l'hectare très importantes.


2.3 Favoriser les animaux auxiliaires

Comme pour les arbres au milieu des parcelles, les haies en bordure fournissent d’importants services écologiques. D'une façon générale la présence d'espaces plus ou moins naturels (qualifiés d’éléments semi-naturels ou d’infrastructures agroécologiques) à proximité des zones cultivées, friches et bords de chemins, permet d'abriter un grand nombre d'espèces potentiellement utiles à la production agricole, que l'on appelle espèces auxiliaires (voir tableau ci-dessous).

Espèce auxiliaire
Sensibilité pesticides
Sensibilité labour
Action
Mode de vie, habitat
Coccinelles
+++
?
Les larves et adultes se nourrissent de pucerons
Elles passent l’hiver dans les haies
Carabes
++
++
Ce sont des prédateurs de limaces, d’œufs et de larves de mouches
Ils se réfugient dans les bandes herbeuses ou vivent à la surface du sol
Syrphes
+
+
Les larves se nourrissent des pucerons du blé et du colza
Les adultes aiment les fleurs en bordure de champ et sont des pollinisateurs
Araignées
0
+++
Ce sont des prédateurs généralistes des insectes. Elles en limitent les populations.
Elles se réfugient dans les bandes herbeuses ou vivent à la surface du sol
Quelques espèces auxiliaires fréquentes dans les milieux agricoles d'Europe

En Asie, dans les rizières, les canards contribuent par leur alimentation à diminuer les intrants, pesticides et engrais. Ils mangent en effet des adventices et leurs graines, des insectes et limaces. Le travail de désherbage, habituellement effectué à la main par des femmes diminue, et les excréments des canards se transforment en nutriments pour les végétaux. Par ailleurs les canards peuvent être vendus ou consommés. Ce système, initié au Japon, a été adopté en Chine, en Inde et aux Philippines. Au Bangladesh, l’Institut international de recherche sur le riz indique que les rendements des cultures ont augmenté de 20 % et que les revenus nets se sont accrus de 80 %.

Coccinelle
Coccinelle ayant isolé des pucerons au bout de feuilles de rosiers, et s’apprêtant à en manger.
Licence Creative Commons, auteur XIIIfromTOKYO

Canards dans une rizière
Canards dans une rizière au nord du Laos
© S. Rebulard


Une technique appelée « répulsion attraction » met à profit les interactions plante insectes pour éviter les recours aux insecticides. Ainsi, au Kenya, des chercheurs et des agriculteurs ont mis au point une stratégie permettant de chasser les insectes en plantant entre les rangées de maïs des plantes répulsives comme le Desmodium (répulsion). Par ailleurs, les insectes sont attirés naturellement vers de petits carrés de Napier, plante qui produit une matière gluante dans laquelle les insectes se trouvent pris au piège. En plus de la lutte contre les insectes, le Desmodium peut être utilisé comme fourrage pour le bétail.

Dans cet exemple, la stratégie de « répulsion attraction » double le rendement du maïs et la production de lait. Le nombre de ménages de paysans qui l'adoptent dans l'ouest de l'Afrique augmente rapidement.

2.4 La sélection variétale complémentaire de l'agroécologie

L'agriculture intensive conventionnelle a eu tendance à privilégier certaines variétés à haut rendement dans les conditions de fortes utilisations d'intrants. Le développement de l'agroécologie augmente la demande en nouvelles variétés, résistantes aux maladies (voir tableau ci-dessous), au manque d'eau, à cycle court pour tenir compte des saisons sèches...

A ce titre le maintien de la biodiversité cultivée (variétés anciennes notamment) est indispensable pour servir de réservoirs génétiques aux sélectionneurs. Néanmoins, ces nouvelles variétés ne permettront un développement qu'à condition de rester accessibles financièrement aux paysans.


Variété
Région d'origine
Connue depuis
Aspect
Qualité gustative
Conservation
Résistance à la tavelure
Vitamine C (en mg pour 100g de pomme)
Particulatité
Court Pendu Gris
Haute Normandie
Avant 1400
++
++
+++
+++
15
Une des plus consommées au 17ème siècle
Golden Delicious
USA, Virginie de l’ouest
1890
+++
+
+++
-
8
Difficile à cultiver en pays chaud
Ariane
France, INRA d’Angers
1979
+++
+++
++
+++
5
Résultat de 60 ans d’hybridation notamment avec Golden et des variétés anciennes
Quelques caractéristiques de trois variétés de pommes. La tavelure est un champignon qui donne un mauvais aspect à la pomme. Les espèces sensibles nécessitent 15 à 20 traitements fongicides par an pour empêcher son développement.
A partir de sources multiples dont principalement Choisel J. L., Guide des pommes, Edition Hervas ; www.angers-nantes.inra.fr ; Bourieau et al., Verger Conservatoire de Pétré, Actes du BRG, 2006


3. Les atouts non agricoles de l'agroécologie

3.1 Avantages sur la qualité nutritionnelle

Dans les régions les plus pauvres des pays en développement, des auteurs ont montré que l’application de pratiques agroécologiques pouvait augmenter de deux à trois fois les rendements. Ce qui ne permet pas d’atteindre les rendements observés en Europe mais s’avère suffisant pour améliorer nettement les conditions de vie locale. Outre la sécurité alimentaire (production alimentaire importante et locale) et les indéniables apports en terme de qualité de l'environnement (préservation des sols, diminution des pollutions...), l'agroécologie permet également d'améliorer la qualité de l'alimentation. En augmentant la diversité des espèces cultivées, on a montré que les pratiques agroécologiques diminuaient les carences constatées chez les habitants des zones rurales africaines.


3.2 Avantages sur la pauvreté rurale

Les pratiques agroécologiques renforcent la fertilité intrinsèque des exploitations agricoles et de fait diminue la dépendance des agriculteurs à l'égard des fournisseurs d'intrants externes. Il s’agit d’une agriculture nécessitant le plus souvent beaucoup de main-d’œuvre. Si la production est ensuite rendez-vous l’agroécologie permet donc aux agriculteurs de vivre de leur travail, et limite de fait l'exode rural. Elle diminue également le besoin d'équipement et donc le surendettement chronique en zone rurale. Même si l'achat de matériel agricole est compatible avec les pratiques agroécologiques, il n'est le plus souvent pas indispensable au moment de la mise en place de l'exploitation.


4. Une efficacité nécessitant une volonté politique forte


Récolte du riz La récolte du riz à Boucotte en Casamance (Sénégal)
Source : Olivier Epron, Licence Creative Commons
La mise en place des pratiques agroécologiques peut être très simple ou technique et doit être adaptée à chaque culture et chaque région. En plus d'une expertise scientifique externe c'est surtout le partage d'expérience entre paysans, dans le cadre de coopérative ou de ferme école qui permet la conversion progressive des exploitations.

Sur le plan financier, elle nécessite de protéger les petits producteurs des effets des variations des cours mondiaux sur les denrées alimentaire. Par exemple, la région de Casamance au Sénégal est productrice de riz, mais le riz consommé sur place est quasi exclusivement importé de Chine car ce dernier est moins cher que le riz local (voir image ci-contre).


Conclusion

Dans son rapport « Agriculture biologique et sécurité alimentaire » (mai 2007), la FAO montre que l'agriculture biologique renforcée par des techniques agroécologiques permettrait d'augmenter de 56% la production alimentaire actuelle et ceci sans défrichage d'espaces naturels supplémentaires. Depuis beaucoup d’autres études sont arrivées à des résultats similaires mais avec des scénarios dépendant des politiques agricoles, de l’évolution de la demande et de la capacité des agriculteurs à évoluer (acceptation du changement, formation).

Enfin, même si une production alimentaire mondiale à la fois suffisante et durable se mettait en place dans les décennies à venir, rien ne dit que la faim dans le monde disparaîtrait. En effet, les principales causes de la faim dans le monde, et notamment la pauvreté résultant des guerres et des catastrophes naturelles, sont relativement indépendantes des moyens de production. La résolution des problèmes de répartition, d'acheminement, d'instabilité politique et d'augmentation du niveau de vie des populations reste indispensable pour espérer qu'un jour l'humanité mange à sa faim.




Pour aller plus loin :

- Sites :
- Rapports :
  • DE SCHUTTER Olivier, Rapport du Rapporteur spécial sur le droit à l"alimentation, Agro-écologie, Conseil des droits de l'Homme de l'ONU, 2010.
  • FAO, Rapport sur la conférence internationale sur l'agriculture biologique et la sécurité alimentaire, Rome, 2007.
  • TICHIT Muriel, TIBI Anais, THEROND Olivier., Evaluation des services écosystémiques rendus par les écosystèmes agricoles. Une contribution au programme EFESE. Synthèse du rapport d'étude, Inra (France), 2017.
- Ouvrages et articles :
  • AUBERTOT Jean-Noel, RATNADASS Alain, LAURENT Philippe, GLOANEC Caroline, DEGUINE Jean-Philippe, Protection agro-écologique des cultures. Quae, 288.p, 2016.
  • DUPRAZ Christian, LIAGRE Fabien, Agroforesterie, des arbres et des cultures. Editions France agricole, 413.p, 2008.
  • GRIFFON Michel, Pour des agricultures écologiquement intensives, L'aube, 144.p, 2010.
  • REBULARD Samuel, Le défi alimentaire : écologie, agronomie, avenir, Belin Education, 527.p, 2018.
  • ARCHAMBEAUD Mathieu,Les couverts végétaux. Gestion pratique de l’interculture, Editions France Agricole, 302.p, 2016.
  • PRETTY Jules, HINE Rachel, Reducing Food Poverty with Sustainable Agriculture: A Summary of New Evidence. Final Report from the “SAFE-World” (The Potential of Sustainable Agriculture to Feed the World), Research Project, University of Essex, 19.p, 2001.
  • MULLER Adrian, SCHADER Christian, EL-HAGE SCIALABBA Nadia, BRUGGEMANN Judith, ISENSEE Anne, ERB Karl-Heinz, SMITH Pete, KLOCKE Peter, MEIBER Florian, STOLZE Matthias, NIGGLI Urs, Strategies for feeding the world more sustainably with organic agriculture. Nature communications, 13.p, 2017.

 

Last modified: Friday, 8 November 2019, 1:11 PM