Un contrôle biologique gratuit

.

.

Auteur : Robert Barrault (Professeur, UPMC/ MNHN)

..

Chauve souris Figure : Chauve souris Tadarida brasiliensis © Merlin D. Tuttle - Bat Conservation International
.
Partout les hommes sont en compétition avec une multitude de ravageurs pour la nourriture, les fibres ou le bois. Mais, qu’ils le sachent ou non, ils sont aidés dans cette lutte par nombre de parasites et prédateurs qui réduisent grandement les populations de beaucoup de ces ravageurs. La perte des services de régulation assurés par des contrôleurs naturels des ravageurs potentiels peut avoir d’importantes conséquences économiques et écologiques, sans parler d’éventuels effets sur la santé des humains où de leurs espèces domestiques ou cultivées.

La chauve-souris brésilienne Tadarida brasiliensis fournit un tel service de contrôle biologique de ravageurs à l’échelle continentale pour l’Amérique du Nord. L’espèce hiverne au centre et au sud du Mexique et migre vers le nord chaque printemps pour former de grandes colonies de reproduction au nord du Mexique et dans le Sud-Ouest des Etats-Unis. Des colonies de plus de 20 millions d’individus y ont été recensées. Plus de 100 millions de chauves-souris peuvent se disperser chaque nuit, hors des grottes et des ponts où elles s’abritent durant le jour, pour se nourrir dans le sud et le centre du Texas. Elles consomment d’énormes quantités d’insectes pendant la période chaude ; les femelles allaitantes, en particulier, peuvent ingérer jusqu’à deux tiers de leur masse corporelle chaque nuit. Les proies de ces chauves-souris incluent des adultes de plusieurs espèces de lépidoptères de la famille des Noctuelles, dont les chenilles sont connues comme des pestes agricoles, parmi lesquelles un redoutable ravageur du coton (Helicoperva zea).

Les revenus sauvés par ces agents de contrôle biologique ont été estimés dans une région de huit comtés du Texas. Les calculs donnent une valeur annuelle de 741 000 dollars, avec une fourchette allant de 121.000 à 1.725.000 dollars — à comparer aux quelques 5 millions de dollars par an que représente la récolte de coton.
.
.
Last modified: Friday, 21 September 2018, 1:34 PM