La diversité protège

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Auteur : Robert Barrault (Professeur UPMC/ MNHN)

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Rizière en ChineFigure : Rizière en Chine (xian de Dazu) © Jacques Chanet, MNHN
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En Chine, Zhu et ses collègues ont démontré qu’en cultivant un mélange de variétés de riz on pouvait libérer les riziculteurs de l’asservissement aux pesticides. Une maladie cryptogamique, la flétrissure du riz, faisait des ravages et le recours aux traitements fongicides était nécessaire mais coûteux. En mélangeant une variété traditionnelle, résistante au champignon ( Magnaporthe grisea ) mais moins productive, à d’autres variétés, Zhu et ses collègues ont fait la preuve que l’on pouvait produire autant voire davantage et mieux (la diversité apportant une palette nutritionnelle plus riche) sans traitement fongicide.

Ce ne fut pas pure expérimentation gratuite : commencée en 1998 sur 812 hectares, l’expérience fut étendue en 1999 à 3342 ha, puis son succès conduisit les paysans à adopter cette pratique dans tout le Yunnan : 40 000 ha en 2000, 10 millions d’hectares en 2005 !

L’explication écologique de ce succès est assez complexe. Tout d’abord la présence de plusieurs variétés en mélange offre une barrière physique à la dispersion des spores du champignon. De plus, il existe un processus d’immunisation entre plantes mélangées : lorsqu’une forme de pathogène incapable d’infecter une plante dotée de la résistance adéquate tente malgré tout de le faire, elle active des mécanismes de défense qui vont préparer celle-ci à résister avec succès à d’autres formes du pathogène qui, elles, auraient pu l’affecter. Enfin, la complexité structurale et génétique de la culture en mélange ralentit l’évolution et l’adaptation des agents pathogènes.

La diversité est bien une stratégie d’adaptation aux changements.

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Last modified: Friday, 21 September 2018, 1:31 PM