La baleine grise, une entreprise qui profite aux oiseaux marins

.
.
Auteur : Robert Barrault (Professeur, UPMC/ MNHN)
.
.
Qui aurait pu imaginer, écrivent Philippe Cury et Yves Miserey (2008), que l’effondrement de la population de baleines grises dans l’Atlantique ait des effets sur les populations d’oiseaux marins ?

Pour le comprendre, il faut percevoir derrière ces grands mammifères marins les prodigieuses « entreprises » qu’ils sont pour transférer matière et énergie sur des grandes distances, mais aussi entre les profondeurs et la surface des océans. Ils s’alimentent sur le fond en pompant les sédiments et organismes qui y résident. Avant leur exploitation au XIXième siècle, les baleines grises étaient capables de remettre en circulation quelque 720 millions de m3 de sédiments chaque été. Au cours de ce gigantesque chambardement, de nombreux crustacés benthiques, c’est-à-dire vivant sur le fond, se trouvent littéralement projetés en surface – véritable aubaine pour les oiseaux marins qui ont appris à suivre les déplacements des grands cétacés. Or si l’on considère qu’à cette époque, avant les débuts de la chasse, la population de baleines grises tournait autour de 100 000 individus, le phénomène précédemment décrit permettait de nourrir plus d’un million d’oiseaux. On comprend alors aisément pourquoi et comment ceux-ci ont souffert du déclin des baleines : avec la réduction des remontées, les ressources alimentaires disponibles ne permettent aujourd’hui l’entretien que de quelque 220 000 oiseaux marins.
..
Baleine grise
Figure : Baleine grise dans les eaux troubles d'un lagon de Basse-Californie - © Gérard Soury, MNHN
.
.
Last modified: Friday, 21 September 2018, 1:29 PM