Une crise de la biodiversité où l’homme est mêlé

Conférence filmée de Robert Barbault
professeur, Département Ecologie et gestion de la biodiversité, MNHN

Cette conférence s'est déroulée au MNHN en novembre 2010 dans le cadre d'un stage de formation pour les enseignants.
Nous vous en proposons ici quelques extraits audio ou vidéo.



Robert Barbault est professeur à l’Université Pierre et Marie Curie. Il dirige le département Écologie et gestion de la biodiversité au Muséum national d’Histoire naturelle. Il a été directeur scientifique adjoint du département des sciences de la vie du CNRS. Ses domaines de recherche et d’expertise concernent l’écologie, la dynamique de la biodiversité et la biologie de la conservation. Intéressé par l’émergence du concept de biodiversité et le développement des problématiques interdisciplinaires qu’il sous-tend, Robert Barbault est à l’origine du « Programme national dynamique de la biodiversité et environnement » lancé par le CNRS en 1992, dont il a assuré la direction. Il est actuellement président du Comité français du Programme de l’Unesco sur l’Homme et la biosphère (Programme MAB) et président du conseil scientifique de l’Établissement public Parcs nationaux de France. Enfin, il est vice-président du conseil scientifique du patrimoine naturel et de la biodiversité placé auprès du ministre en charge de l’Écologie.

  • "6ème crise de biodiversité" : ce concept est-il bien approprié ?

 

L’expression « 6ème crise » n’est pas vraiment approprié pour décrire ce qu’il se passe actuellement : notre échelle d’existence n’est pas la même que celle des crises géologiques (millions d’années). De plus, le phénomène actuel est de nature différente : il s’agit d’une accélération du rythme d’extinction des espèces ayant pour moteur les activités humaines ; il diffère ainsi des crises du passé. L’utilisation de l’expression « 6ème crise » en comparaison avec les crises passées est ambiguë et laisse sous-entendre que l'événement actuel est déjà déterminé et qu’il n’y a plus rien à faire pour améliorer la situation. D’un autre côté, l’intérêt de faire un lien avec le passé est de montrer que la dynamique de la biodiversité remonte à loin, qu’il s’agit d’un phénomène de grande ampleur. Cela permet de relativiser les processus actuels et rappeler la lenteur du processus d’extinction. Aujourd’hui, de nombreuses espèces sont potentiellement en voie d’extinction car certaines populations sont réduites à un petit nombre d’individus et à des petits espaces.

.

  • Définition écologique de la biodiversité

 

La biodiversité est le « tissu vivant » de la planète ; c’est la vie sur terre caractérisée par la diversité génétique, la diversité des espèces et des systèmes qu’elles constituent. Ces liens entre les espèces sont fondamentaux pour comprendre les processus d’extinction. Les espèces ont besoin de ressources, donc de surfaces, pour vivre et cela peut poser problème avec l’espèce humaine qui elle aussi a besoin d’espace pour se nourrir, il existe donc une concurrence entre les espèces. En effet, le vivant c’est d’abord des systèmes d’espèces en interactions : par exemple des rapports prédateur/proie, c’est-à-dire un réseau trophique ou encore un système écologique. La biodiversité est donc un réseau d’interactions d’interdépendance. L’Homme en fait partie et « déchire » le tissu vivant de la planète en transformant les paysages. Mais l’Homme est aussi une espèce parmi d’autres et n’est pas la seule à transformer son environnement. Toutefois il a un impact plus important car il a eu un très grand succès écologique. Le tissu vivant est une machine à produire et c’est son fonctionnement qui est la base de nos activités. Notre économie en dépend donc largement.

.

  • La crise actuelle de la biodiversité : les faits



 

La biodiversité n’a cessé de bouger : des espèces s’éteignent, d’autres apparaissent. Aujourd’hui nous sommes dans une phase de déséquilibre entre le rythme d’apparition d’espèces et le rythme d’extinction : ce dernier s’accélère. Plusieurs types d’approches peuvent permettre de rendre compte de ce phénomène :

  • L’établissement d’une liste des espèces disparues : il s’agit d’un premier bilan du nombre d’extinctions. Mais comment déterminer ce taux d’extinction observé par rapport à un taux qualifié de « normal » ? En effet le phénomène d’extinction est un processus normal. Les seules informations dont on dispose sont celles rassemblées par les paléontologues. Les espèces vivent en moyenne entre 1 Ma et 10 Ma. En considérant une telle espérance de vie et le nombre d’espèces de vertébrés recensées (50 000), on aurait la disparition d’une espèce de vertébré par siècle, or au XXème siècle on a déjà 267 vertébrés disparus. On voit donc bien une intensification du rythme d’extinction.

  • Les listes rouges de l’UICN : L’UICN (Union Internationale pour la Conservation de la Nature) met en place un suivi régulier de l’état des populations et recense celles qui sont menacées d’extinction, cela laisse donc la possibilité d’agir, d’intervenir pour l’éviter. Toutefois cette estimation est biaisée car le résultat ne sera pas le même s’il s’agit de micro-organismes ou de grands mammifères par exemple.

  • Les suivis quantitatifs des populations permettent de comprendre l’évolution des écosystèmes et des déséquilibres pouvant se créer. Ils permettent d’obtenir un état des populations, de voir celles qui diminuent mais aussi celles qui augmentent. Cela permet d’appréhender le fonctionnement des écosystèmes pour motiver l’intervention, qu’il y ait une crise ou non. Les suivis quantitatifs ont mis en évidence un phénomène d’homogénéisation, c’est-à-dire que la désorganisation du monde à laquelle nous contribuons peut être favorable à certaines espèces et pour conséquence une perte de la biodiversité. On a donc à la fois une perte d’espèces et une tendance à l’homogénéisation. La mondialisation n’affecte pas seulement nos consommations mais aussi le tissu vivant planétaire, et cela constitue également une perte de biodiversité.

  • Le suivi d’écosystèmes d’ensembles qui sont particulièrement touchés par la crise d’extinction. Par exemple, grâce à la relation mathématique entre la surface d’un milieu et le nombre d’espèces qui y vivent, il est possible de suivre l’évolution des écosystèmes en observant la superficie occupée par une forêt tropicale ou un récif corallien par satellite ou vue aérienne. On connaît bien aujourd’hui l’effet de la fragmentation de la forêt sur le rythme d’extinction des espèces : plus les ilots de forêt intacte sont petits, plus la disparition des espèces qui étaient présentes avant la fragmentation est élevée. Même si les résultats sont différents selon les groupes zoologiques considérés, la réalité du phénomène d’accélération des extinctions n’est pas discutable.

Il y a donc dans les faits une intensification du rythme d’extinction des espèces. Finalement, il apparaît nécessaire de susciter l’action pour permettre à l’Homme de profiter des ressources de la planète à long terme.

.

  • Les causes de la crise actuelle d’extinction de la biodiversité

 




Les mécanismes de l’extinction sont clairs, plusieurs facteurs y participent :

  • La destruction ou le morcellement des écosystèmes additionnés à la pollution participe à l’accélération de l’extinction.

  • Les invasions biologiques, c’est-à-dire les espèces qui sont propagées par les transports humains qui se sont multipliés, et vont coloniser des territoires où elles n’ont pas de prédateurs ou de maladies. Ces espèces invasives ont des effets colossaux.

  • La surexploitation des espèces et des milieux par l’Homme participe de même à l’accélération du processus d’extinction. Les espèces surexploitées peuvent se retrouver au seuil de l’extinction et même si l’Homme n’intervient plus, ces espèces vulnérables se retrouvent en compétition avec d’autres espèces ayant pris place dans les mêmes niches écologiques. Il faut donc avoir à l’esprit cette dimension fondamentale d’écosystème.

  • La 4ème cause qui s’ajoute aux autres, c’est le changement climatique ou l’augmentation de températures, ou encore l’acidification des océans (concernant les récifs coralliens).

Nous nous trouvons réellement dans un phénomène d’accélération, dans une crise en cours. Derrière tous les facteurs évoqués, il y a Homo sapiens, ses activités, son ampleur démographique et sa capacité de surconsommation et il va être difficile de faire marche arrière. L’Homme a eu un succès écologique, il a colonisé la planète, il a un poids qui est devenu considérable, grâce à la science, aux connaissances, à l’intelligence, mais en même temps cela a été possible par l’exploitation des ressources fossiles qui se sont constituées durant des millions d’années. Notre succès y est lié. Il y a désormais un déséquilibre entre l’état de notre population et ses besoins, et ce que la Terre permet.

.

  • Quelle place pour l’homme dans la biodiversité ?

 

L’Homme est au cœur de cette crise écologique. Le diagnostic de destruction de la planète n’est pourtant pas nouveau. Cette situation est liée au fait qu’on a considéré l’Homme comme roi de la nature, que celle-ci était là pour nous servir, avec une littérature religieuse qui a donné du poids à cette représentation. Notre représentation occidentale du monde est faussée car nous appartenons bien à la biosphère. C’est cette coupure qui a précipité l’accélération de la dégradation de la nature et qui a empêché de prendre conscience d’actions alternatives qui permettent de continuer de se développer de façon plus efficace. C’est par l’éducation, qu’il faut redresser la situation, qu’il faut changer cette représentation du monde car autrement toutes les mesures qui vont être préconisées ont peu de chance de s’imposer.

.

  • L’homme s’engage aussi pour lutter contre la crise de la biodiversité !

 




  • La crise de la biodiversité : une chance pour l’homme ???



.

Sur le même thème : Gilles Boeuf "Etat actuel de la planète et de la biodiversité".

.

Modifié le: jeudi 4 juillet 2019, 16:58