La biodiversité en évolution perpétuelle

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Auteur : Bruno Chanet (Professeur, MNHN)

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Sur Terre rien n’est immuable, de la position des masses continentales à la circulation et la composition atmosphériques ; la biodiversité ne déroge pas à cette constante. La diversité des espèces présente à un endroit évolue au fil du temps tant sur le temps court et immédiat que sur des durées infiniment plus importantes.

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Sur le temps court

A l’échelle d’une marée ou d’une saison, les mêmes organismes ou les mêmes espèces ne sont pas retrouvées dans un même lieu.

En effet, au gré des changements du milieu (ensoleillement, température, niveau d’eau...), certains organismes peuvent se déplacer ne serait-ce que de quelques dizaines de centimètres et n’être plus présents aux mêmes endroits. Ce ne sont pas des migrations au sens strict mais sont de simples déplacements biologiques des individus à l’échelle d’une journée ou de mois, comme par exemple les nombreuses espèces suivant le cycle des marées.
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Littoal ouest-européen
Figure 1 : Un littoral ouest-européen © B. Chanet

Bécasseau variable
Figure 2 : Un bécasseau variable © L. & H. Graillot-Denaix

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En revanche, certaines espèces réalisent des déplacements liées à leur cycle de vie, avec séparation importante des endroits de nourrissage et de reproduction.

C’est le cas du bécasseau variable qui est un migrateur des côtes ouest européennes. Oiseau de passage, il est fréquemment observé sur le littoral breton en hiver alors qu’il niche l’été dans la toundra boréale. Sous d’autres latitudes, les bisons d’Amérique ou certaines espèces de papillons migrent également.

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Sur le temps moyen

A l'échelle de quelques dizaines d'années

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Sar commun
Figure 3 : Juvénile de sar commun, Diplodus sargus, (~20 mm), récolté sur le littoral breton, en août 2007 © B. Chanet - MNHN
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Depuis quelques années, sur le littoral ouest français, des espèces auparavant connues plus au sud, sont apparues au nord. C’est le cas de ce juvénile de sar commun observé et pêché en août 2007. Des adultes étaient observés ponctuellement, mais il s’agit de la première observation aussi septentrionale de juvéniles et donc le signe d’une installation plus nordique de cette espèce. Ce cas, observé également pour plusieurs autres espèces de poissons osseux, est une conséquence probable du réchauffement des eaux de l’Atlantique nord.

L’aire géographique de cette espèce de poissons osseux a donc été modifiée au gré des modifications climatiques.

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A l'échelle de quelques centaines d'années à milliers d'années

Les différents gisements archéozoologiques ainsi que les données historiques (textes et iconographies) apportent des informations précieuses pour documenter les espèces ayant vécu au cours des périodes historiques.
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Crâne d'aurochs
Figure 4 : Crâne d’aurochs de l’âge de Bronze découvert à Pontvallain (Sarthe, France). Figure extraite de Borvon et al. (2008) © M. Morel - Musée du Mans
Aurochs reconstitués
Figure 5 : Aurochs reconstitués © C. Guintard - ENVN

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Présents sur les gravures rupestres de certaines grottes européennes, les aurochs étaient des animaux bien connus des hommes qui les chassaient encore au Moyen-âge en Europe ; le dernier aurochs a été tué en 1627 en Pologne. Cette espèce a disparu de notre environnement ; elle s’est éteinte. Des croisements récents ont reconstitué une variété de taureau ayant le même aspect que l’aurochs : l’aurochs reconstitué. A l’opposé, d’autres espèces comme le lapin de garenne et le moineau domestique, sont apparus en Europe au cours du premier millénaire de notre ère, et sont autant de traces d’une évolution de la biodiversité montrée par les études archéozoologiques.

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Sur le temps long

A l’échelle de millions d’années

Sur cette durée, ce sont tant des phénomènes d’extinction, d’extension des aires géographiques, de bouleversements géologiques que d’évolution biologique des espèces qui se sont déroulés. La surface de la terre a vu ainsi se succéder des faunes et flores différentes connues par leurs restes fossiles. Leur étude permet de reconstituer à la fois certaines étapes majeures de l’histoire du vivant et les environnements successivement présents sur Terre.
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Trace tridactyle
Figure 6 : Trace tridactyle (largeur 10 cm) de patte de dinosaure présente à 2400 m d’altitude dans des grès vieux de 235 millions d’années à Emosson (Suisse).
Cette trace fait partie d’un gisement témoignant du passage d’une troupe de dinosaures sur une plage. Les événements géologiques ultérieurs, ici ceux de la formation des Alpes, ont propulsé ces terrains, et les fossiles contenus, en altitude © B. Chanet
Fossile d'ophiure
Figure 7 : Fossile d’ophiure (environ 10 cm) découvert dans un calcaire vieux d’environ 150 millions d’années à Canjuers (Var, France).
Ce fossile indique un milieu marin dans ce qui est maintenant un plateau de 900 m d’altitude © B. Chanet
Fossiles d'oursins et de coraux
Figure 8 : Fossiles de piquants d’oursins (A) et de coraux (B et C) découverts dans des sables âgés d’environ 50 millions à Cahaignes (Vexin Normand, Eure, France).
Ces fossiles indiquent un milieu marin littoral à forts courants dans une région aujourd’hui distante de 150 km de la mer © B. Chanet
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La représentation de cette évolution de la biodiversité au fil de l’histoire de la Terre a été formalisée sous la forme d’un graphique désormais célèbre, celui de Jack J. Sepkoski (1948-1999), au départ fondé sur les « invertébrés » marins. Ce graphique a été plusieurs fois affiné notamment par les travaux de la Paleobiology Database menés à partir des années 2000.
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Evolution du nombre de genres des « invertébrés » marinsFigure 9 : Evolution du nombre de genres des « invertébrés » marins durant les 600 derniers millions d’années de l’histoire terrestre. Crises majeures de la biodiversité : 1. crise de l’Ordovicien terminal (430 millions d’années), 2. crise du Dévonien terminal (365 millions d’années), 3. crise du Permo-Trias (250 millions d’années), 4. crise du Trias terminal (205 millions d’années), 5. crise Crétacé-Tertiaire (65 millions d’années)
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Bien que la fossilisation plus rare et l’identification plus délicate des formes les plus anciennes compliquent les statistiques, on remarque deux points majeurs :
  • une augmentation de la diversité des espèces au cours du temps
  • l’existence de crises majeures de la biodiversité, indiquées en chiffres arabes dans la figure ci-dessus, durant lesquelles des extinctions drastiques et généralisées des faunes et flores terrestres sont suivies de période de diversifications
Cette reconstitution aboutit à montrer que la biodiversité subit une évolution et un renouvellement continuels.
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Bibliographie

  1. Chanet B. et Dettaï A., 2008. Presence of juvenile Diplodus sargus (Sparidae) on the seashore of North Brittany (France). Cybium, 32(4):341-342.
  2. Borvon et al., 2008. L’aurochs de Pontvallain (Sarthe, France) complément d’analyse ostéomorphométrique. Revue de Paléobiologie, Genève, 27(1):99-111

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Pour en savoir plus

Last modified: Monday, 25 February 2019, 2:50 PM