La diversité des cultures

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Auteur : Bruno Chanet (Professeur, MNHN)
Relecture : David Pleurdeau (Maître de conférences, MNHN)


Longtemps considérées comme des apanages humains, les cultures existent également chez d'autres espèces. Une culture peut être définie comme l’ensemble des pratiques, des habitudes propres à un groupe donné : une langue, un art, une technique, des mœurs relèvent de la culture. Elles sont transmises de génération en génération par apprentissage et peuvent caractériser une société ou un groupe social humain ou animal.

Cette existence de cultures non-humaines était auparavant niée pour deux raisons principales :

  • Elles n’étaient ni observées, ni étudiées dans les conditions naturelles.
  • Les nier revenait à souligner l’exception humaine.

Ainsi, depuis quelques décennies, de tels traits distinctifs, qu’ils soient spirituels ou matériels,  ont été mis en évidence chez plusieurs espèces animales.

Les scientifiques ont par exemple montré que la singulière habitude des macaques des monts Shiga au nord-ouest de Tokyo (Japon) se baignant dans les sources d’eau chaude lavaient également leur nourriture dans l’eau, et que cette pratique se transmettait par apprentissage et qu’une seule femelle était à la base de ce comportement.

De même, les chimpanzés qui apprennent à casser des noix, à pêcher des termites avec une brindille dans les anfractuosités d’une écorce, à se saluer de la main ou à imiter leurs congénères, ont des comportements qui sont parfois uniques ou propres à leur groupe. Les chimpanzés des milieux captifs n’agissent par exemple pas ainsi. Et certains groupes de l’ouest de la Côte d’Ivoire qui sont capables de casser des noix, diffèrent d’autres populations géographiquement proches qui n’ont pas, eux, ce type de pratiques. Pareillement, la collecte de miel dans les nids d’abeilles n’est à ce jour connue que d’une population chimpanzée au Gabon.

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Macaques du JaponFigure 1 : Macaques du Japon au bain © L. Taraud, MNHN

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Chimpanzé
Figure 2 : Chimpanzé © G. Renson, MNHN
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De la même manière, plusieurs espèces de cétacés (baleines, dauphins, orques, cachalots) possèdent des « accents », des variantes populationnelles dans leur mode de communication sonore, ainsi que des comportements de chasse répondant à des traditions locales. Certains groupes de baleines à bosse encerclent par exemple des bancs de poissons au moyen de nuages de bulles d’air, alors que d’autres de la même espèce ne le font pas. Des orques et des dauphins présentent également des comportements de chasse particuliers (saisie de proies sur le rivage, par exemple), transmis aux jeunes par apprentissage.

Baleines à bosse
Orque
Figure 3 : Les baleines à bosse (à gauche, © J.-M. Sutour) et les orques (à droite) font partie des espèces où des cultures différentes ont été mises en évidence. .
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Ces comportements ne sont pas rigides, programmés, car ils évoluent, se renouvellent sans cesse et sont de surcroît indispensables à la survie des individus.

Pour l’homme comme pour tout animal, la culture n’est pas innée, elle s’apprend.

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Last modified: Friday, 21 September 2018, 2:40 PM